l'avion rose

Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

Chapitre 2 - Maravillas de Espana

Nous venions d’arriver après un voyage épique où la 205 Peugeot coupé de mon Christian avait rendu l’âme à environ dix kilomètres de notre point de départ. Penauds, nous avions appelé d’une cabine mon père ce héros mécanicien qui, pour une fois sans râler, était venu nous dépanner. Deux heures plus tard, nous repartions croisant les doigts que la soudure effectuée par le paternel tienne nos deux mois de pérégrinations. Parce qu’à l’époque, pour aller en Espagne, il n’y avait pas d’autoroute ! Et oui mes chatons, on prenait la nationale number 20  et l’on attendait des heures le passage à trois voies pour enfin doubler le camion poussif mais bien planté au milieu de la route. Nous avions finalement, après 24 heures de conduite, passés la douane sans encombre malgré les joues mal rasées de mon Christian qui n’en pouvait plus de tenir ses yeux écarquillés au dessus de son volant. J’avais alors réclamé une halte. C’est un rituel pour moi. Dès que j’arrive en Espagne, dès que je franchis la Junquera, il faut que je m’arrête, que je pose un pied sur ce sol que je considère comme mon sol natal et que je respire… Je vous jure, là-bas, les odeurs ne sont pas pareilles. Il y a de la paella dans l’air, de l’ail, de la tortilla, des olives et des amandes fraîches. On prenait un café, du pain à la tomate, du jambon serrano qui n'était pas encore hors de prix, et on repartait vers notre destination, une centaine de kilomètres au sud de Barcelone, à San Salvador. San Salvador del Vendrell est un petit village catalan, sur la Costa Daurada, où est né le violoncelliste Pau Casals, dont la superbe maison, en briques rouges au fond d’un jardin méditerranéen dense, à la végétation entrelacée par manque de soin, n’avait pas encore été transformée en musée. Cette maison me faisait rêver et j’espérais à tout moment pouvoir y apercevoir le maître ou tout au moins entendre sa musique filtrer par les volets de bois qui maintenaient la fraîcheur dans la demeure. Je n’avais pas vraiment notion que mon musicien était déjà mort car comme tout artiste, alors, il me semblait juste éternel et je considérais que mourir, pour un être de cette qualité, était tout simplement impossible, voire déplacé.

 

Mais avant que de courir vers cette demeure et le mystère romantique qui s’y rattachait, il nous fallut planter la tente. C’était la première année où j’avais eu l’autorisation de passer mes vacances en dehors de la cellule familiale. J’avais donc décidé de ne pas rejoindre mes parents, grands-parents, oncle et tante, dans la maison familiale et d’afficher ma liberté. Mais au lieu de parcourir l’Europe un sac vissé sur mon dos, j’étais venue sagement m’installer non loin d’eux, là où j’avais toujours passé mes étés depuis que j’étais petite fille. En fait, je n’imaginais pas pouvoir aller ailleurs que dans ce lieu que je considérais comme mon chez moi. Tous nos déménagements successifs avec mes parents m’avaient privée de ces racines si nécessaires à ma propre construction, en me coupant à chaque fois d’un milieu connu, rassurant, structurant. Je ne devais alors mon équilibre, mon passé, ma mémoire, mon enfance qu’à ce lieu, ce petit village espagnol, qui m’avait vue grandir et dont je connaissais chaque rue, chaque dédale, chaque odeur. Pour moi, un été sans aller à San Salvador était inconcevable. C’était comme, après dix mois d’apnée, refuser d’aller prendre mon oxygène. Nous nous étions donc installés Alain, Françoise, Christian et moi sur la plage d’à côté. Les structures touristiques étant encore quasiment nulles début des années 80, le camping sauvage était tout à fait toléré. Il suffisait juste de montrer pattes blanches lorsque la Guardia Civil passait. Pas de soucis avec moi, il me connaissait depuis petite. « Ola, la martina, que tal ! » me disaient-ils alors de loin, ce qui occasionnait alors de grandes controverses enflammées avec l’un de mes amis du coin, déjà bien engagé dans un groupuscule révolutionnaire. Mais bon, pour moi, ce n’était pas grave, on était en Espagne, au pays de la Revolucion, et des hommes fiers. Mais pas que des hommes…

 

D’autres tentes s’implantaient non loin de la nôtre. J’avais remarqué une voiture immatriculée en Suisse et une autre affichant le B de Barcelona. Pendant que Christian se débattait avec la toile, je lui tendais nonchalamment les sardines tordant le cou en direction des autres arrivants, curieuse de connaître la tête de nos voisins de camping. C’est là que je la vis . Elle sortait de l’une des tentes déjà montées. Elle portait un short en jean très court, effrangé et un débardeur de coton jaune. Son corps était déjà très bronzé, presque cuivre. Comme elle s’extirpait à reculons de la tente, force est de vous avouer que je découvris en premier ses fesses qui me semblèrent la vision la plus divine à laquelle je n’avais jamais assistée de toute ma vie. Lorsqu’elle se redressa, elle déploya une longue chevelure d’un blond vénitien extraordinaire ce qui me surpris d’autant plus que, parlant catalan, j’avais compris instantanément qu’elle était espagnole. Elle se retourna vers moi, ayant certainement senti un regard posé sur elle. Elle me toisa puis finit par me décocher un large sourire découvrant des dents lumineuses et me jeta l’incontournable « Ola, que tal ? » Je fais un aparté pour vous signaler qu’en Espagne, on se dit bonjour à chaque fois qu’on se voit, et si on se voit dix fois dans la journée, dix fois vous avez droit au « ola que tal ? » version catalane du « Buenos dias » castillan. Je répondis donc par le  « ola » à dispenser en guise de réponse. Mais je fus interrompue par une large exclamation sortie directement du fond de la tente de ma divine apparition « Joder, Martina ! » Joder pouvant être traduit par une expression argotique de type, « merde », ou « putain » ou « ça alors ! » selon son contexte. Je vis alors jaillir un diable crépu, barbe noire, peau très mate qui se jeta sur moi, m’enlaçant, me soulevant de terre pour me faire tourner si rapidement que nous finîmes tous deux sur le sable en riant. C’était mon Pedro, mon frérot, mon pote de quand j’était toute petite et que je retrouvais chaque année, ses parents ayant une maison juste à côté de celle de mes grands-parents. Lui aussi étrennait sa première année de liberté, et tout comme moi, avait choisi de venir s’installer sur la plage de San Salvador, là où nous avions grandi, passant de châteaux de sable en goûters collants et sableux, de Schweppes lemon en cafe cortado, de ballades innocentes en confidences amoureuses. Nous nous embrassâmes entre rires et larmes et firent les présentations de nos accompagnants. Il me présenta Marta qui aussitôt déposa sur mes joues deux baisers qui me brûlèrent instantanément. Elle sentait un parfum un peu capiteux, peut-être un peu trop « femme » pour la jeune fille qu’elle était, mais qui me troubla par sa puissance et l’intention sexuelle que cela lui procurait. J’étais totalement chavirée, perdue et avait lâché depuis belles lurettes les sardines que Christian, toujours accroché à la toile, me réclamait à corps et à cris. Ne croyez pas pour autant que j’étais consciente de mon état, loin de là. J’étais peut-être encore assez naïve ou bien mon éducation m’éloignait de ce type de préoccupation, mais j’étais incapable, alors, de comprendre ce qu’il se passait en moi et que je venais tout simplement d’avoir un coup de foudre pour une fille. Certainement pas mon premier, celui là je l’avais réservé à mon Angélique marquise, mais sûrement celui qui allait me forcer enfin à me poser certaines questions quant à mon orientation sexuelle.

 

Mais pour l’heure, non sans avoir pris un rendez-vous avec la troupe pour prendre un verre en début de soirée ensemble, je retournais à mon Christian et, refermant la toile branlante derrière moi, lui fit les honneurs de mon émoi à sa plus grande surprise mais pour son plus parfait bonheur. Nous avions ensuite dîné rapidement, n’ayant jamais pu allumer le feu de camp que nous avions prévu, faute d’avoir anticipé sur l’humidité du bois ramassé en bord de mer. Mais je m’en moquais. Je n’avais pas vraiment faim, j’avais soif, soif de revoir ma blonde catalane. Je plantais donc les garçons et, accompagnée de la sage Françoise, nous partîmes chez mes parents pour y prendre une douche. Le camping sauvage, c’est bien, les sanitaires, c’est mieux. J’en profitais pour embrasser et saluer toute la famille réunie. Maman m’avait mis de côté une assiette encore un peu chaude du repas du soir. Pendant que Françoise prenait sa douche, je l’engloutis, sans doute un peu honteuse mais ne résistant pas aux petits plats maternels. Et puis, je savais que je faisais plaisir ainsi à ma mère qui gardait alors le privilège de nourrir son petit.

 

Nous rejoignîmes tout le monde à la terrasse du Florida, un café attaché au supermercado local. Nous étions une bonne quinzaine. Je ne voyais qu’elle. Je m’installais, non pas à ses côtés, mais en face, faisant confiance en ma bonne humeur, mes sourires et mes yeux enjôleurs pour capter son attention. Christian boudait un peu à l’écart. Des quatre français que nous étions, j’étais la seule à parler couramment l’espagnol et comprendre le catalan. Emportée par ma fascination pour Marta, j’omettais complètement de traduire la conversation, ce qui n’était pas trop un problème pour Alain et Françoise qui ne cessait de se bécoter depuis leur arrivée. Pedro, quant à lui, ne cessait de faire rire la galerie en racontant à qui voulait l’entendre nos anecdotes passées. Nous étions de vrais amis d’enfance. Nous nous étions connus à l’âge de 6 ans et à l’époque, sans rien comprendre de ce que pouvait bien baragouiner l’autre, nous avions instantanément entamé une relation amicale et durable. Nous avions même fait plus. Pedro était l’homme qui avait cueilli ma virginale fleur. C’était l’année de mes 15 ans. Lui en avait déjà 17. Mes parents étaient repartis en France et m’avait laissée seule, les quelques jours nécessaires pour mon oncle et ma tante d’arriver. Ce n’était pas un soucis. Tous les voisins me connaissaient. Je n’étais pas vraiment isolée et avais promis d’être sage. J’allais donc en discothèque tous les soirs, et rentrais au petit matin, fourbue, des rythmes plein la tête et sans doute quelques verres de Gin Tonic en trop. Généralement, je ne me couchais pas dans ces cas là, préférant ne pas dormir plutôt que de me réveiller tardivement et perdre ainsi le bonheur de mes longues ballades sur la plage. Je m’étais néanmoins allongée sur le canapé pour me détendre et avait aussitôt été terrassée par un sommeil profond. Lorsque j’ouvris les yeux, le soleil était déjà haut mais une ombre me le cachait. C’était le visage de Pedro qui, assis sur une chaise à mes côtés, me regardait dormir. Son visage calme, son sourire, cette attention si délicate me brouilla le cœur. Je tendis le bras pour passer ma main derrière son cou et l’attirais vers moi. Nous nous embrassâmes avec beaucoup de douceur. Il me glissa alors dans un souffle cette phrase que je n’ai pas oubliée et qui encore résonne en moi «  … Quiero vivir el amor contigo…» Autant dire que son romantisme me vit fondre et que je l’entraînais sans attendre, non pas dans ma chambre qui n’avait que des lits d’une personne, mais dans celle, grande et fraîche de mes grands-parents. C’est dans leur lit qu’un homme, pour la première fois, me prit, me murmurant des mots d’amour en espagnol, faisant jaillir de moi mon désir de femme. Cet instant avait été unique entre nous. Nous n’étions pas amoureux l’un de l’autre mais je lui serai toujours gré de la délicatesse et de l’amour dont il fit preuve durant ces quelques heures.

 

Je ne sais pas qui lança l’idée, mais il avait été décidé de se rendre au village voisin, distant de quelques kilomètres pour y rejoindre un autre bar, celui dans lequel nous étions annonçant sa fermeture. Nous avions trois voitures disponibles et il fallait nous entasser dedans. Je repérais aussitôt là où se dirigeait Marta pour lui emboîter le pas et, comme par hasard, me retrouvais, sur une banquette arrière, bien serrée contre elle. Je pouvais sentir la chaleur que dégageaient ses cuisses, chaleur emmagasinée pendant les longues heures d’exposition au soleil. Elle sentait toujours aussi bon. Elle s’était lavée les cheveux et je n’avais de cesse que de plonger mon nez dans sa chevelure prenant prétexte de lui parler à l’oreille, toutes les vitres étant ouvertes, et la radio mise à fond. Comme pour mieux se rapprocher de moi, ou peut-être se mettre plus à son aise, Marta passa un bras au-dessus de mes épaules. Mon bras frôlait alors son sein, ainsi libéré, et j’en éprouvais une sensation brûlante et glacée en même temps. Plusieurs fois elle me regarda sans rien dire, me plantant ces deux grands yeux noirs au fond des miens. Mais je ne savais toujours pas ce qu’il se passait en moi. Ou bien ne voulais-je pas savoir. Je riais, je blaguais, je chantais. Et je me disais que décidemment, l’amitié avait plus de poids que l’amour, ayant abandonnée sans vergogne Christian dans une autre voiture en compagnie des suisses, sympas mais un peu rasoirs. Ce que fit Marta, alors, tout comme ce qu’avait fait Pedro, deux ans plus tôt, je ne l’oublierai pas.

 

Dans l’obscurité de la voiture, alors que l’attention des autres étaient dispersée ailleurs, Marta se pencha vers moi et m’embrassa sur la joue. Elle avait posé ses lèvres sur ma peau et les appliquait avec une légère pression. Je ne fis aucun mouvement. Puis je sentis ses lèvres glisser vers le coin de ma bouche. Je ne bougeais toujours pas, regardant fixement devant moi. Elle se détacha alors de moi, restant très proche et attendit sans doute ma propre réaction. Je ne lui rendis pas son baiser, j’en étais incapable. Je n’avais plus de souffle. J’allais sûrement mourir. Je priais qu’on arrive au plus vite. Marta ôta son bras de mes épaules. Ce fut un coup de couteau que je reçus en plein cœur.

 

Arrivés à destination, nous envahîmes le bar local. Il y avait un juke-box. J’y glissais quelques pesetas et, après une brève recherche,  appuyais sur J7 (prononcez Jota siete). C’était une chanson de Murray Head « Say it ain’t so, Joe», même pas une chanson d’amour mais dont la musique, langoureuse et forte en même temps, passe toujours, de temps à autre, dans le sillon de ma mémoire. Ce fut l’hymne de notre été. Dès que nous arrivions, je mettais la chanson et, me tournant invariablement vers ma belle, reprenait en chœur le refrain « Say it ain’t so, Joe please, Say it ain’t Joe… » Dis moi que ce n’est pas vrai, Joe, s’il te plaît, dis moi que ce n’est pas vrai ». Je ne comprenais pas vraiment le reste des paroles mais sentais confusément que ce « dis moi que ce n’est pas vrai » s’adressait à une vérité à laquelle je ne pouvais faire face. Marta ne réitéra jamais son geste. Je me disputais avec Christian et passais le restant des vacances dans les bras de Paco, le frère de Pedro. Deux semaines plus tard, Marta nous quitta. Elle rejoignait son fiancé à Lerida. J’en conçu une profonde tristesse et pleurais de tout mon saoul dans mon coin. Mon copain Alain, certainement plus perspicace que moi crut bon de me faire part de son avis. Il me dit alors ce qui allait me faire rentrer dans une rage folle « Dis, une fille comme toi, j’appelle ça une lesbienne ». Je pense que j’aurai pu l’étriper sur place et refusais, en jurant mes grands dieux, d’imaginer jamais pouvoir devenir comme ça. Encore une fois, je serinais à qui voulait m’entendre que l’amitié décidément était une bien plus belle chose et  plus importante que l’amour. Pour en faire preuve, j’acceptais les avances de Paco et la bague de fiançailles qu’il me proposait alors. Et oui, même bien après Mai 68, il restait pas mal de conventions incontournables. Nos deux familles prirent l’apéritif ensemble et il fut convenu que nous échangerions nos vœux l’année suivante. Je rentrais fin août près de Versailles, où j’habitais. J’attendais avec impatience les lettres que pouvait m’envoyer ma blonde catalane et tentais de déceler, dans les mots anodins qu’elle m’adressait, un petit message à l’image de ses lèvres posée sur ma joue. J’attendis en vain en oubliant de répondre aux lettres de Paco.

 

Commençant la fac, je me cherchais alors un travail afin de prendre un peu d’indépendance vis à vis de mes parents. J’obtins assez rapidement un poste de surveillante dans un collège des Yvelines. Je pris mes fonctions une belle journée de septembre. Il y avait du soleil, il faisait encore bon et soudain, il y eut les reflets roux des cheveux de Véronique.
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M. T.

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betty 26/08/2009 16:51

j'adore te lire, vite la suite ! mais alors et Marta, tu ne l'as jamais revue ?

M. T. 26/08/2009 16:55


Tu le découvriras bientôt, mais tu sais, j'aime prendre mon temps...  et merci de revenir ainsi sur mes lignes et en ma compagnie. Bonne soirée à toi, Betty.


Ophélie Conan 25/08/2009 22:35

L'Espagne est pour moi une planète inconnue. Je découvre. Je l'ai parfois traversée en voiture avec mes parents pour aller au Maroc. C'est un trou noir, lumineux, certes, mais un trou noir pour moi. Je n'y ai rien vécu, n'y ayant pratiquement pas séjourné. Pourtant, de Bordeaux, l'Espagne n'était pas bien loin. Je connais mieux le Portugal où je suis allée à plusieurs reprises avec Léo, mon mari. Dans ce texte, il me plaît non seulement de découvrir tes premiers émois lesbiens (mais comment donc as-tu pu passer à côté de ce divin baiser de la divine Marta?), mais également les conditions de la "cueillette de ta virginale fleur" par Pedro. C'est drôle, en te lisant (mais c'est encore plus fort au moment des fiançailles avec Paco), j'ai l'impression que tu ne gouvernais pas ta vie, que tu subissais un rêve, que tu n'avais pas prise sur ton destin. Ca me rappelle tout à fait moi, à l'époque de ma rencontre avec Mélou, et même encore longtemps après être mariée. L'époque a bien changé, j'ai l'impression que les jeunes filles d'aujourd'hui sont beaucoup plus lucides que leurs mères. Mais je n'en suis pas sûre.

M. T. 26/08/2009 15:49


Je ne me posais pas, sans doute, toutes les questions que les jeunes filles se posent aujourd'hui. En même temps, en discutant avec elles, nos préoccupations ne sont pas si éloignées. Tu as raison
de dire que je ne maîtrisais rien alors. J'avais l'impression que le monde s'ouvrait à moi, et en même temps, qu'il n'était pas pour moi, que je ne pouvais en faire partie. C'est sans doute pour
cela que je n'ai pas rendu le baiser de la sublime Marta... Je ne pouvais m'imaginer qu'il m'était, tout simplement, destiné. "Say it ain't so Joe, please, say it ain't so..."