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J'aime dormir

J'aime dormir

J’adore dormir. Me pelotonner dans une couette gonflée, légère. Dans une chambre fraîche et aérée. Ma tête reposant sur un oreiller de plumes. Mon corps glissant sous des draps d’une douceur infinie. Je suis très exigeante sur ma literie. Matelas ferme et accueil moelleux. Douceur du fil d’Égypte. Plumes des Pyrénées. Car j’adore, oui, j’adore dormir. M’étendre, me détendre, m’étirer, fermer les yeux, me laisser emporter vers cet état de flottement où les bruits de ma journée me quittent, s’éloignent, se dissolvent pour ne laisser place qu’à l’apesanteur bienfaitrice du sommeil. Le bonheur du repos. L’oubli des soucis, des questions, des obligations, des luttes. Du réel. Du concret. Du quotidien.

Car j’adore dormir. Oui, j’adore dormir. Et si j’adore autant dormir c’est que par dessus tout, j’adore rêver.

Le rêve est mon refuge, ma paroisse, mon sacerdoce, ma religion. Mon abri, ma maison, mon monde. Un univers rien qu’à moi. Une mer, un océan, le ciel et l’infini. Là où tout se joue. Où tout s’oublie. Où rien ne se juge. Où rien ne blesse. Pas d’interdit. Pas de convention. Encore moins de contrainte. Le bien. Parfois le mal. Il balaye le poids de la vie, de ses vicissitudes, éloignant le tocsin de nos tristesses, bannissant sans vergogne le difficile, l’impossible, les incohérences, l’éloignement, les refus, les lâchetés, le déni, le mépris, le renoncement, nos résistances, nos rejets pour nous plonger dans un monde où, enfin, tout devient ouvert, accessible, concevable. Désirable. Aimable. Troublant. Excitant. Un continent de potentiels qui se découvre à nous comme la mer reflue libérant l’estran sur lequel nos pas ne laisseront jamais aucune trace.

Oui, j’adore rêver.

Et je ne me donne aucune limite, ne ressens aucun tabou, ne recule devant rien. Ni personne. Car je rêve de tout. Et surtout de vous.

Inutile de vous connaître. De savoir qui vous êtes. De retenir le son de votre voix. La couleur de vos yeux. Vous êtes faite de rencontres, d’attraits et d’intérêt, d’attirances et de curiosité. Vous traversez mon ciel parant mes vols de nuit de mille feux, de pensées incandescentes, enivrantes, indécentes. Rarement innocentes.

Des nuits où je fais ce que je veux de vous. Et vous de moi.

L’éphémère de ces heures balayant tout scrupule. Tout interdit. Toute repentance. Pour n’accueillir qu’un désir fier et fort. Transformant notre corps – là…, oui et là…, aussi – en prières de plaisirs. Sans tabou. Où la seule limite s’avère celle de la jouissance.

Alors, parfois, je vous vois sans vous entendre. Je vous attends sans vous comprendre. Je vous caresse sans vous toucher. Souvent. Je joue avec vous, pendant ces heures entre chien et loup. Où parfois je vous mords. Et d’autres, je vous baise. Il ne tient qu’à moi dans ces rêves peuplés d’assurance de vous maudire, de vous pleurer. De vous chercher ou de vous fuir. De vous chasser ou de vous vénérer. De vous perdre ou de vous jouir. M’offrant à vous si tel est votre désir. Vibrante, brûlante, soumise, avide, tendue. Déposant à vos pieds des rimes échevelées, une prose enfiévrée, exacerbée où chacun de mes mots s’écrit à l’encre de vos désirs. Mouillant ma plume dans le secret effronté de votre source sacrée. Mon rêve dans un souffle suivant nos mains et nos doigts qui se mêlent. Le bout de ce sein au vôtre si dur.

Pensez-vous que nos rêves se transpercent ? Se traversent ? Se croisent ? Parfois, j’en ai le doute et l’intuition. Parfois je me dis que le rêve n’est rien qu’une soumission, une perversité, une trop grande douleur. Quand bien même, alanguie de vous, mon corps se meut, se ploie, se plie, humide des querelles qui nous inondent.

Je rêve, oui. Car j’adore rêver. Et jamais ne vous lâche. Jamais ne vous perd. Vous tenant au gré de mes nuits dans une incertitude qui vous laisse au petit matin exsangue, sans voix, à ma merci. Souveraine esclave de mes nuits sans soupir.

Car, comme j’adore rêver, je déteste l’insomnie. Cette peste qui m’éloigne de mes sombres penchants, de mes désirs, de mes envies. De vous. De tout. De ces caresses qui ne seront jamais. De cette émotion, de ces sensations. De l’intense qui jaillit sans qu’on l’appelle. Juste par le pouvoir du songe. Dans ce sommeil où les corps se chevauchent. Où les lèvres se frôlent. Où les mains, furtives, dessinent sur les corps, à chaque nuit répétée, une nouvelle carte du Tendre. Qui n’est jamais la même. Et jamais aussi forte que la suivante. Comme les vagues qui se brisent contre la digue du réveil.

Alors oui, j’aime dormir. Et par dessus tout, j’aime rêver.

Et vous ?

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À propos
M. T.

Auteure (romans, nouvelles, chansons), scénariste, amoureuse des mots et des arbres...
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