Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

Damnée, Dani

Le ciel gronde au-dessus de nos têtes. Dani vient d’arriver et pousse les meubles ! Allez ! Du balai les reliques et les vivants morts ! Place au rock’n roll, à la clope de tabac brun, au whisky millésimé.

« Il est où Gainsbarre ?! » tonne sa voix grave, rauque, un peu essoufflée de sa dernière course. C’est que ça fait une trotte de monter jusqu’ici. Une vraie côte. Une ascension qui donne soif. Qui martyrise les jambes. Comme au billard quand la balle rebondit de bande en bande. De bar en bar. « Vous ne pouviez pas m’envoyer une limousine les gars ?! » renâcle la voix au plus bas de son octave. « Bande de cons, vous êtes où ?! ».

Et puis, ça lui prend d’un coup.

Les larmes jaillissent de son regard ardent. La surprenant en plein cœur. Ça pleut. Ça coule. Ça ne s’arrête plus. Merde. Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas pleuré comme ça. Comme si soudain, son bagage devenu léger lui permettait enfin de se laisser aller. De laisser sortir le trop plein, l’inutile. Des larmes de superflus. Qui feront mieux à rafraîchir les chants d’en bas qu’à l’encombrer au Ciel. Alors elle vide son sac au plus vite. Elle braille. Elle chiale. Elle donne tout. Comme on se débarrasse d’un fardeau devenu trop lourd et surtout, enfin, incongru.

Ici, elle le sait. Elle n’aura plus besoin de son chagrin. Les galères. Les misères. Les abandons. Les trahisons. C’est bien fini. Ici, les potes seront là pour toujours. Et elle compte bien en profiter avant que d’autres les rejoignent. Oh, le plus tard possible. Elle s’en fout maintenant. Son temps est éternel.

Alors elle fredonne pour faire la nique à sa vie, celle d’avant. Pas facile. Pas linéaire. Avec des creux et des bosses. Des trous noirs. Des coups de poings. Une vie de boxeur qui n’aurait eu que des combats de rue. A mains nues.

Alors, elle chante plus fort. Pour convoquer les autres souvenirs. L’amour de ses amants. L’amour de ses fidèles. Les vrais, les durs. Ceux qui n’ont jamais lâché même quand elle était au plus mal.

« Tiens, au fait, pense-t-elle, pourquoi je me retrouve là moi qui, tout ma vie, ai subi tant de descentes ? »

Parce que ma belle, la vie, oui, comme un boomerang, elle te revient avec sa force et ses désirs. Tu n’as rien à faire en Enfer. Fous plutôt le bordel là-haut. Vas-y avec ta voix de rocaille. Gueule un bon coup ! Et nous, d’en bas, on t’entendra toujours.

Et c’est à nous que tu feras du bien.

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M. T.

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