l'avion rose

Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

La Condition Humaine - Magritte

la condition humaine-magritte (Image JPEG, 500x617 pixe

 

 

Sur un chevalet, un tableau

Sur le tableau, le paysage

Sur le paysage repose l’image

Académiquement encadrée par un rideau épais couleur terre

Ouvert sur la fenêtre en plein ciel

 

Toujours les mêmes nuages, toujours ce bleu

Et le blanc en contraste

Mais cette fois sans ombre

 

Une vue anodine

En partie de mise en abyme

Rien d’attirant

Rien d’étonnant

Simple copié collé impeccablement ajusté

Qu’en passant trop vite, on pourrait s’y tromper

Et voir ce qui n’est pas

Sans comprendre que tout est caché

 

Même là, on voudrait tirer les rideaux

Que l’image resterait

Paysage alors incrusté

Dans ce qu’on voudrait voir disparaître

 

La Vie

 

Récemment, j’avançais de salle en salle dans un musée. Sans doute le froid de cet hiver m’avait-il poussée vers cet endroit de pas feutrés et d’attentions recueillies. Le plaisir aussi de parcourir des yeux quelques toiles sans y prendre garde laissant alors toutes pensées construites dehors avec les bruits pressants de la ville et les rougeurs dues à la gifle du vent glacial. Au fur et à mesure de ma languide avancée, je sentais avec douceur le chaud me pénétrer et mon front depuis trop longtemps barré de la ride de pensées soucieuses, enfin se relâcher. 

 

Je n’étais pas dans le plus prestigieux des musées mais sa collection simple et sans affectation plaisait à mon humeur plus en recherche de tranquillité, de petites choses anodines, de superflus que d’un émoi intellectuel et culturellement grandiloquent. J’avançais donc sans but, sans réelle concentration, un pas après l’autre, à peine attentive à ce qui m’entourait. C’est là que je le découvris.

 

Mon regard ne s’y accrocha pas tout de suite. J’allais dépasser ce tableau presque sans le voir lorsque la patte, bien entendu de l’artiste me retint. Magritte, mon amant artistique, coloriste de mes pensées, parfumeur de mes rêves. Magritte qui toujours, invariablement, chaque année, m’entraîne à Bruxelles pour le bonheur de flirter alors avec cet imaginaire si palpable, déraisonnable et parfaitement construit. Je ne connaissais pas cette œuvre là.

 

Elle n’est sans doute pas majeure et pourtant elle exprime avec une force certaine l’implacable réalité des choses, ce moi sur le moi, cette vue parfaitement reproduite et superposée à elle-même. Elle m’a touchée, en profondeur. Elle m’a atteinte, au fond du cœur. Elle m’a pulvérisée de sa simplicité. C’était l’image que je recherchais sans doute depuis longtemps, des mois peut-être, des années finalement. Elle est la cible de ma pensée même, la propre duplication de mon être. Ce que je suis et ce que j’ai été. Ce que je suis et ce que je deviendrai.

 

Enlevez le chevalet, il restera la vue. Bouchez la vue en tirant les rideaux, il restera le tableau. Magritte veut-il dire alors que quoi qu’on fasse, on ne change pas ? qu’on a beau tout faire de concret comme marcher dans cette prairie, aller vers les bois, ou parcourir des yeux uniquement ce trajet, nos émotions seront toujours présentes et parties prenantes de nous-mêmes. L’arbre est caché et pourtant on le voit. Il n’y a que si un personnage venait à emprunter vraiment le chemin qu’il pourrait alors exister sans apparaître parce que pris derrière cette toile, ce masque, protégé par une vision immuable. Mais si on ne le voit pas, peut-on alors dire qu’il existe vraiment ? Et imager un tel promeneur ne serait-il pas contraire à toute logique puisqu’il s’agit d’un tableau dont l’histoire est déjà écrite ?

 

Je me mis alors à sourire. Magritte, à nouveau, m’ayant bien attrapée en me projetant malgré moi dans toutes les lectures possibles de son tableau, me laissant moi-même me projeter dans son imaginaire, rentrant dans cette peinture et me laissant aller, promeneuse solitaire à jouer à cache cache avec les autres visiteurs du musée.

 

Je me mis alors à pleurer, reconnaissant malgré moi cette vue, celle d’un bureau, le bureau d’où j’écrivais il y a encore quelques mois et dont le panorama plongeait ainsi, du jardin à l’arbre, de l’arbre au petit bois. Mon propre imaginaire se collant alors, parfaitement, sur l’œuvre de l’artiste en une troisième mise en abyme.

 

 

Sur un chevalet, un tableau

Sur le tableau, le paysage

Sur le paysage repose l’image

 

Et de cette image provient la Vie

Inlassablement

 

 

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M. T.

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Lau' 05/02/2011 22:04


"n'aurez" ne se dit pas mais je trouve pas, la bonne formulation désolée (fatigue + apéro , je suis cuite...)


M. T. 15/02/2011 12:58



... je ne trouve pas mieux... et sans apéro ! Je m'en vais de ce pas y remédier !!



Lau' 05/02/2011 22:01


Je ne sais trop quoi répondre,j'écris, j'efface, j'écris j'efface depuis une demi heure ... Ca me touche...
Je ne peux prendre pour acquis ce que vous venez d'énoncer, mais c'est une très jolie façon de voir ce que j'entreprend,et d'entrevoir le dessous de la carapace il manque tous pleins de défauts
mais on les laissera sous silence, pour puiser cette confiance qu'il me manque.


Merci et j'espère sincèrement que vous n'aurez pas besoin de confier votre santé a une personne en blouse plus ou moins blanche


M. T. 15/02/2011 12:55



Et permettez moi de penser que cette confiance est là, en vous, et que vos défauts, en vous la masquant peut-être un peu, vous aident également à la construire au fur et à mesure que vous en
prendrez conscience.



Lau' 03/02/2011 23:21


En faites en dehors notre propre ressenti, j'ai toujours été époustouflée par les analyses de texte de Francais par exemple je me souviens de certain poème comme A une Passante de Baudelaire, ou
d'autre classique , un de La Martine (dont je ne retrouve plus le titre mais très connu une histoire d'amour bref) je me demandais toujours comment on était sûr que l'auteur en écrivant son texte
avait vu tout ca ? Ou bien n'étions nous pas en train d'inventer une vision un sens qu'il n'y avait pas mis . A tout techniciser n'avions nous pas dépasser, "l'essence du texte" avec cette
réflexion autour d'un mot,d'un adverbe.
Ca m'a toujours scotché ces analyses souvent je ne peux pas analysé tout ca,je ne faisais que des dissert' et le moins possible de commentaire je regretterais presque aujourd'hui ca me manque.
Je peux dire tout ce que je ressens et pourquoi mais c'est bien trop personnelle pour que l'auteur est chercher a me faire ressentir ca .
Et je ne sais pas hier vos mots ont percé, m'engageant dans une nouvelle voie,me montrant que c'était peut etre un peu comme les "connaissances scientifique",on nous transmet un certain paradigme
de base pour avoir une lecture critique mais finalement il en existe une infinité.
Et c'est ca qui est chouette !!(j'aime le mot chouette meme si en bouche ca fait petit enfant)

Plus je grandis plus mes "pseudo principes" se font entourlouper et j'ai de moins en moins de mal a m'en détacher pour voir plus loin ...Laisser un peu plus de place a la vie tout simplement, au
lieu de s'enfermer dans un joli carcan.Je me demande comment j'ai réussi a m'enfermer sous toutes ces couches ,c'est comme si sans trop savoir comment je mettais retrouvé avec un super masque que
j'avais fabriqué,et l'enlever est bien plus dur que de l'avoir créé...

Pour vous rassurer j'ai le meme raisonnement avec ce que j'apprends que je trouve tout aussi fantastique,époustouflant, impressionnant voir magique, comment les "choses" s'emboitent les une dans
les autres sont bien faites et puis des fois je me recule un peu et je me dis que si ca se trouve en "réalité" (quelle réalité ?) tout ca ce n'est que du flan cela ne vient que de nous, des
chercheurs en ont déduit ca, nommer ca comme ca ect et qui sait un jour peut etre on remettra en cause a nouveau la théorie chromosomique on trouvera quelque chose encore plus petit que l'atome, on
jouera avec l'anti-matière(bon ca c'est en train de se passer) et ca viendra tout changer dans notre raisonnement

Je me suis laissée emporter et je suis certaine hors sujet,l'après sport la libération d'endorphine,peut être ou bien l'envie simplement.
Ou les deux le corps et l'esprit sont liés.La plus importante et plus longue des "intégration", "ouverture" sera celle la je pense, laisser les deux s'entremeler, ne surtout pas trop "technisier",
j'ai hâte d'etre bébé docteur,de trouver ce chemin d'être cette équilibriste sur un fil, je sais très bien que je vais tomber plus d'une fois avant d'être plus ou moins a l'aise et jamais il ne
faudra trop se reposer, trop s'appuyer sur l'habitude.
On a l'impression que je rapporte tout a ca , mais comme certain on l'écriture profondément encré en eux , je crois pour moi c'est ca.(j'en viens meme a me demander comment l'idée de tout arrêter
m'a traversé l'esprit)
Et avant d'avoir encore d'autre fourmillement d'interrogation,je vais m'arrêter là!


M. T. 04/02/2011 20:34



Je ne sais pas si vous étiez mauvaise en analyse de texte, mais vous venez d'en faire une avec brio ! Qui plus est, les deux poèmes que vous citez sont exactement ceux que je donnerais en exemple
pour exprimer la sincérité d'un auteur et sa spontanéité en parallèle à la maîtrise d'une technique d'écriture. La Passante de Baudelaire est l'incroyable rencontre qui surprend l'homme et donne
ses mots au poète, sans plus de réflexion, juste à travers son ressenti violent. Quant à Lamartine, si vous vouliez parler du Lac, on peut remarquer des répétitions de mots, dans une même
strophe, qu'un poète aguerri n'eût jamais fait mais qu'un homme blessé et au désespoir laisse échapper. Alors oui, il y a toujours un dépassement possible d'une technique qui avant tout n'est
qu'un instrument que manie l'homme, parfois bien, parfois avec maladresse, mais souvent avec émotion. A mes yeux, c'est cette émotion qui donne les plus grandes oeuvres.


Je suis certaine que dans le métier auquel vous vous destinez, presque comme un sacerdoce, vous allez appliquer ceci à savoir, mettre vos connaissances au service de votre intuition. Car c'est de
votre musique interne éclairée par la lumière de tout ce long apprentissage que naîtront vos meilleurs diagnostics.


Vous savez vous remettre en question, aller au delà des apparences, tout simplement chercher en vous des réponses, ne pas tout prendre pour acquis et réaliser la chance extraordinaire que de
pouvoir tout mettre bout à bout, dans une lumière, une réalité différente sans oublier d'accepter vos propres faiblesses comme des chances. C'est une qualité rare. Vous êtes en mouvement et vous
ne craignez pas vos propres incertitudes.


Vous n'êtes pas hors sujet, bien au contraire, vous êtes en vous-même, en harmonie avec vos choix et en empathie avec les autres.


Je confierais sans hésiter ma santé à ce genre de bébé docteur....



Lau' 02/02/2011 22:32


... je retrouve avec plaisir vos mots, merci de m'ouvrir cette autre vue,qui me laisse curieuse rêveuse avec Magritte que je ne connais que trop peu et puis en parallèle vos mots ont percé une
petite fissure....je ne voyais pas la beauté,la richesse même de pouvoir chacun créer et recréer...


M. T. 03/02/2011 16:43



C'est aussi, je pense, l'un des grands et vrais plaisirs que peut nous procurer l'art que de se laisser réapproprier par notre propre imaginaire. Le tableau, la photo, une sculpture deviennent
alors nôtre et la lecture personnelle que nous pouvons en faire les enrichissent d'autant. Notre regard les transcende alors. Que serait tout cet art sans notre propre émotion ? Je me souviens
d'une "discussion" avec Lily  au Café sur les guides et leur intérêt dans un musée... et de l'analyse que rares sont ceux qui, en dehors des données "techniques" de l'oeuvre d'art, nous
ouvrent au sensible et nous laisse l'espace nécessaire à notre subjectivité. 


Alors, permettez-moi de me réjouir que ce texte est ouvert en vous une brêche...



The Royal 28/01/2011 21:32


Partageons si vous le permettez votre amant artistique....Nos emotions sont nos phares, lumineux par mer calme.. ou caches dans la brume, mais bien la , sur la carte......notre imaginaire est un
jardin , une vue qu il est doux de partager... comme il est doux de lire et de partager a nouveau vos lignes.


M. T. 30/01/2011 15:44



Je partage bien volontiers cet émoi avec vous, chère Royal. Et votre ville recèle quelques pépites qui ont tout pareillement enthousiasmé et soulevé mes émotions... Il m'est doux aussi, vous
savez, de renouer avec mon écriture et de retrouver, aux premiers envols, mes fidèles passagères... Il y a un temps pour tout et maintenant, s'ouvre celui de l'avenir, de l'à-venir, de toute une
vie à vivre... alors oui l'écriture y aura toujours sa place, et encore plus devrais-je dire, parce que partagée, libre, rassurée, aimée... Je reviens d'un long voyage...



Chimères 28/01/2011 20:20


Ce serait avec grand plaisir Dame Pilote, j'ai toujours aimé partagé mes premières impressions devant une création...

Je me joins à Dame Cafetière pour ce concerne votre retour sur le tarmac!


M. T. 28/01/2011 20:25



Alors prenons date ! et merci de votre présence sur ce tarmac au-dessus duquel je tournais depuis trop longtemps...



Pop's 28/01/2011 20:01


Il m'a fallu plusieures lectures Madame La Pilote pour detailler tout vos mots, vos sensations et vos emotions. Tout comme ce temps la est necessaire pour decortiquer une oeuvre picturale. Passer
la "premiere sensation", on passe a la deuxieme vision puis la troisieme lecture ... dans cette meme mise en abyme que vous decrivez si clairement.

Votre presence d'auteur a manquee a notre petit groupe, alors je suis ravie de vous retrouver sur vos lignes, qui si elles furent quelque peu silencieuses reviennent en force, puissance et
delicatesse .... Merci !


M. T. 28/01/2011 20:21



C'est une des grandes qualités de Magritte que de nous donner ainsi toutes ces perspectives d'approfondissement afin d'aller chercher au coeur de son sujet, un autre, puis un autre... puis encore
un autre, à l'infini répété et pourtant, toujours différent. Merci à vous d'avoir pris le temps de parcourir ce chemin... et sachez que si j'affectionne particulièrement les mises en abyme, je
suis tout autant captivée par les repentirs... alors il en est que j'apporterai à ce texte, tout comme le peintre recouvre son propre tableau, pour en modifier la fin et y laisser alors, le plus
éclatant de mes sourires...



Chimères 28/01/2011 10:05


Je ne suis pas une "pro" de la peinture, et je ne sais pas en parler, mais j'ai quelques peintres qui me touchent, Magrite en fait partie, je ne saurais l'expliquer et d'ailleur comment expliquer
une inclination avec des mots, en tout cas moi je ne sais pas...juste un moment de bien être en regardant leur toiles, juste un instant de fusion en s'y projetant


M. T. 28/01/2011 15:18



Mais voilà une description bien riche pour quelqu'un qui pense ne pouvoir expliquer.... Dire n'est pas toujours essentiel vous savez, ressentir, oui. Et je pense que vous feriez une bien agréable
compagne de visite d'expositions...



Chester 28/01/2011 08:04


J'aime l'idée que les choses, les visions les plus simples nous ravagent, nous éclairent et nous amènent bien souvent plus loin qu'on ne le supposait.
Le risque en essayant de se projeter dans l'imaginaire des autres est effectivement d'y projeter le sien.


M. T. 28/01/2011 15:09



C'est exactement pour cette raison que j'aime l'Art sous toutes ses formes, pour cette faculté à créer un pont entre nous et un imaginaire que l'on n'aurait pas même décelé sans cela. J'aime
cette idée de faire corps avec l'oeuvre, de se l'approprier en y incorporant son propre monde pour le peindre des couleurs de l'artiste. Et si c'est un risque, c'est aussi une chance, celle de
ressentir, d'éprouver, d'apprendre, d'être, quand bien même cela se révèlerait parfois douloureux. Car cette douleur là me prouve que je suis bien en vie.