l'avion rose

Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

L'amour est un oiseau rebelle...

 

... que nul ne peut apprivoiser... comme l'inspiration, la concentration, l'envie d'écriture se brisant contre la banquise de la page blanche, comme autant de nuits perturbées par l'insomnie des mots.

 

Il y a un an se déroulait devant moi un brusque virage, un changement de page, un bouleversement d'images, une explosion d'orages qui se déchainaient après avoir été si longtemps contenus. Je réunissais alors tout mon passé, convoquais mes souvenirs, alertais mon quotidien et passaient tout ce beau monde au crible d’une nouvelle volonté. Je tamisais mes désirs, sélectionnais les plus intenses, les plus brillants, les moins transparents. Je quittais tout ce que j’avais été pour mettre au jour mes essentiels, ceux là même que ma vie avait enterrés prématurément au gré d’un abandon des combats, dans la quête d’un confort des passions assagies, par la peur d’une solitude qui vous fragilise avec l’âge. Alors je relevais soudain la tête dans un sursaut ultime pour contraindre cette envie farouche, venue de loin, de créer autour de moi des protections, tampons, butoirs aux accès illicites de ma fureur de vivre.

 

Car j’en étais là : J’aimais, j’étais aimé, tout allait bien, je pouvais donc mourir.

 

Oh bien sûr, pas mourir de la mort éternelle, pas de la mort pour de vrai, pas de la mort dont on ne revient pas, jamais ou seulement à travers les cristaux déformants d’une foi religieuse. Non, ma mort était autre. Elle était de la pire espèce, de celle de ces maladies insidieuses qui ne vous lâchent que lorsqu’exsangue, juste pour en finir de cette fin lente, vous criez grâce et qu’alors semblant exaucer enfin notre vœu, elles battent retraite mais pour mieux nous laisser agoniser sur notre champs de bataille ainsi déserté. Et l’agonie peut être longue, très longue car sans le savoir, c’est vous-même qui en êtes maître. Un mois, un an, quinze ans, une vie. Cela peut prendre du temps de mourir vraiment, parce qu‘une maladie , c’est une affection et que l’affection, c’est d’abord l’amour. Et l’amour, ça ne se tue pas.

 

Ainsi va la vie, ainsi allait ma vie qui, au gré d’une décision se voulant la dernière, se délitait, perdant dans ce simple bonheur l’essence même de son intérêt et de son mérite. Et ma responsabilité dans tout ceci était immense en surestimant ma capacité d’accepter ce qui est pour moi l’impensable et que l’on pourrait résumer dans un seul mot : toujours… Ah… le faux ami, la mauvaise rime… amour… toujours… comme si l’on pouvait ainsi décider de ce qui sera… alors que toujours n’est que la contraction douloureuse de tous nos jours, un simple quotidien de bouts à bouts, de collages, de rafistolages, mais certainement pas la promesse de l’éternel.  Pourtant combien de fois l’ai-je utilisé ce « toujours » et avec conviction ?! Pour finir par le laisser tomber quelque part sur ma route, n’en pouvant plus de ce poids là, de cette définition des choses et de ma vie, de cette intangibilité du destin. Où était l’erreur ? Où était ma faute ? D’y avoir pensé ou de l’avoir abandonné ? Car cet abandon est sans aucun doute ce qui me coûte le plus. Même s’il me libère.

 

Pourtant, il me hante…

 

Toujours

A ce jour et jusqu’au dernier

Lien intangible et contraint

A croire en sa propre histoire

Sans jamais faillir

Au coeur de son mensonge

 

Toujours

Pour écarter les questions

Éviter les réponses

Pour donner à l’amour

L’indolent goût

De l’ignorance

 

Toujours

Pour que rien ne change

Pour que rien ne bouge

Pour que rien ne dérange

L’immuable

Dans l’immobile

 

Toujours

 

Pour supprimer la peur

 

Toujours

 

La peur qui donne

Au plaisir

Son ivresse

Par l’idée même

De sa perte

 

 

 

Depuis j’ai ouvert des portes, depuis j’ai remonté des couloirs, pris des escaliers, couru dehors à l’air libre et trébuché dans les nuits plus noires. Depuis je marche, infatigable, mobile, aux aguets, vers l’avant, sans rien voir, sans chercher à voir. A quoi bon. Ce que nous voyons des choses n’est que le reflet de ce que nous voulons bien y mettre.

 

Depuis, inlassablement, je vis. Et j’aime. Parce que sans amour, je ne suis tout simplement plus. J’aime le ciel, j’aime le vent, j’aime l’eau qui s’écoule sur ma peau, j’aime le sourire de l’inconnue croisée dehors, j’aime le son de sa voix lorsqu’elle murmure des mots effleurés sur l’ourlet de mes lèvres. Depuis j’aime, non pas pour toujours mais encore, insatiablement, sans merci, sans aucune volonté de savoir où tout cela me mènera. Je change, peu à peu. Mon cœur se décolle, gonfle et va s’accrocher aux nuages d’une ville au ciel immense et à la chaleur abrupte. Depuis, je ne cherche plus. Je prends. Et je perds aussi. Parce qu’en refusant le toujours, j’accepte l’à peu près, l’incertain et le dédain, de ceux qui pensent qu’il ne fallait pas changer, surtout pas. Mais à ceux là je leur laisse l’éternité. Elle est bien trop grande pour moi.

 

Et si je vous écris tout ceci aujourd’hui, c’est pour renouer avec vous. Pour vous dire que je ne suis plus tout à fait celle d’avant pour avoir abandonné une partie de ce qui m’était destiné. Parce que je veux vous confier que si rien n’est certain, si rien n’est immuable, il faut accepter que la mouvance des choses soit le plus beau cadeau que la vie puisse nous faire, même si l’on y brise quelques parties de soi-même, le fameux prix à payer.

 

Et mon prix fut celui de mon inspiration, de cette facilité d’écriture qui me donnait au quotidien l’amplitude et le plaisir de textes renouvelés. Encore aujourd’hui je peine, j’œuvre dans la douleur, je combats ma propre lassitude devant cet écran qui se met en veille constamment, mains suspendues au dessus du clavier, presque dans un geste de rejet.

 

Mais j’y reviens sans cesse, encore… et toujours… à chaque jour espérant enfin cette libération. Et je la veux, et je l’appelle et elle revient pas à pas, effarouchée, fragile mais belle, je le sais, de nouveaux départs, de belles envolées, de prochains désirs. Paradoxe de ma vie, inconstance de l’inspiration, je me bats aujourd’hui pour apprivoiser celle qui me mangeait dans la main hier, lorsque j’étais sur l’autre rive de l’autre continent.

 

Mais je ne lâcherai pas, car je ne m’abandonnerai pas. Et dusse-je écrire éternellement le même texte de reprise, et bien je serai cette Pénélope là et continuerai… inlassablement…

 

Ne serait-ce que pour la beauté du geste.

 

 

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paradisbulle 28/03/2012 21:03

Ma vie me perturbe. Elle est faite d'amour et de déchirure car d'abord trop jeune. J'ai aimé ,j'y ai cru et ai été flouée car trop naive.J'ai aimé car on m'aimait je me suis enfuie.J'ai aimé sans
pouvoir gérer.J'ai aimé et me retrouve avec la solitude à mes côtés .Aujourd'hui J'Aime mais mon bagage aujourd'hui est tel que le temps me manque pour l'aimer et ma petite bulle est si triste .je
me dis que je dois la laisser vivre sans m'attendre et je ne parviens pas a la laisser s'en aller.Je la ratrape par un sms un mail et enfin un coup de téléphone.Je lui ai déjà dis que je étais le
diable pour lui faire si mal.Mais nos voix nos corps tout vibre même sans ce voir.La douleur de l'abscence la douleur de l'envie la douleur de l'amour.J'aimerai tellement l'avoir tout tout près de
moi pour toujours.Mais est ce un rêve

M. T. 05/04/2012 13:19



L'amour est sans doute le plus doux des havres et la plus complexe des expériences. On le cherche, on le fuit. Il attire, il fait peur. Mais on ne saurait passer à travers sa vie sans
l'expérimenter, sans l'exprimer, sans le vivre. Bonheur et douleur. Doutes profonds et certitudes évidentes. Attachement et rejet. Son double, sa moitié... Peut-être se pose-t-on trop de
questions ? Peut-être trop souvent cherchons-nous un contrôle ? Peut-être l'analyse devrait laisser la place au ressenti. Peut-être oublions-nous trop souvent que "le coeur à ses raisons que la
raison ne connaît pas".


Alors sachez le, en amour, il n'y a pas de recette, il n'y a que des miracles.



Hôtel Particulier Mademoiselle C. 20/10/2010 20:00


L'écriture. Tout comme certaines femmes. S'en va, revient, s'en va, revient... Me revoilà. Une escale pour vous embrasser. Je me demande bien ce que vous ressentez à cette heure....


M. T. 20/10/2010 20:47



...  Peut-être que mon prochain texte vous donnera un début de réponse... Quant à vous revoir, ceci est un pur frémissement de Plaisir... merci pour le baiser... de même....



Asl& 16/10/2010 18:46


on pourrait dire...l'amour est un avion qui se propulse sans ailes, on pourrait dire tant de choses... Mais l'important c'est de voler tout de même


M. T. 20/10/2010 18:18



Ravie de vous retrouver !... et oui, vous avez tout à fait traison. Finalement, peu importe comment on avance, le principal étant de ne pas s'arrêter, de ne pas baisser les bras, de ne pas
abandonner. Après tout, même sans énergie, je peux planer, non ?...



Chimères 16/10/2010 06:47


Etant moi-même en train de tourner une nouvelle page de ma vie, je vous comprend d'autant mieux, vos mots me touchent chère Dame Pilote. Pour ne rein vous cachez, je suis en admiration devant votre
capacité à mettre des mots en face de vos sentiments, de vos sensations,moi qui est tant de mal à exprimer les miens. Pour quelqu'un qui est en recherche d'inspiration, je suis sure quelle revient
à grand pas...


M. T. 20/10/2010 18:15



Vous avez peut-être du mal à exprimer vos mots, mais moi, de le faire, ne me donne pas forcément que du bien... Paradoxal, n'est-il pas ?... cela étant, je ne connais pas d'autre solution
alors... je continue... parce que c'est ainsi que je vis.



Entre Mel 14/10/2010 19:56


je vous souhaite des lendemains doux, agréables et pleins de bonheur


M. T. 20/10/2010 18:19



Et ils le sont...



Chester 14/10/2010 14:12


L’erreur serait à mes yeux, de vouloir abandonner vos convictions maintenant. On ne change pas une nature profonde. Le « toujours » est pour moi une finalité, un but ultime et non un acquis, tout
comme l’amour. Les mouvances sont quotidiennes, c’est là qu’il faut savoir s’adapter, être à l’affût du moindre changement, le comprendre, l’accepter, être capable de le suivre. Un peu comme une
danse, qui peut être si sensuelle lorsque les deux danseurs ne font qu’un, ou totalement désordonnée si chacun suit son envie.
L’erreur n’est pas dans la croyance du « toujours » mais dans les moyens mis en œuvre pour y accéder, tant dans notre choix de l’être aimé que dans notre capacité à évoluer à ses côtés et à décider
du chemin à suivre. Vous pensez qu’on ne voit que ce qu’on veut voir…je ne crois pas, vous l’aviez senti, vous l’aviez vu, vous avez changé de route. Alors enlevez vos oeillères et continuez de
voir, vous pourriez rater un magnifique spectacle. Continuez d’y croire, car cette conviction vous constitue. L’échec serait de l’abandonner, vous vous perdriez.


M. T. 14/10/2010 19:11



Chère, chère Chester... Comme j'aime votre impulsivité, votre volonté coûte que coûte, cette incroyable force qui vous tient debout et vous fait, très certainement, abattre les montagnes !
Rassurez-vous, je n'abandonne rien. Bien au contraire. Oh, évidemment, il y a des mots comme des blesssures qui prendront du temps à m'accompagner à nouveau mais je le sais, et vous le redis, ils
reviendront. Disons que je les laisse "reposer" actuellement... Mais vous avez raison, il ne faut pas que cela constitue aujourd'hui mes nouvelles bases car je risquerai alors de les rendre
bancales. J'y prendrai garde, soyez en assurée. Je ne voudrais en aucun cas voir disparaître cet horizon prometteur... Non, et je veux danser, encore et toujours (?) enlacée à celle dont le corps
me transmettra le plus doux des rythmes, celui de l'harmonie.


Comment pourrais-je abandonner alors que vous veillez si bien ?...



lily 13/10/2010 20:43


une envolée vers son bonheur, une quête sans fin vers son amour, ne jamais se résigner... toujours réinventer
un texte d'une beauté, d'une profondeur, d'un écho, ... une exigence de ceux qui savent, de ce qui ne peuvent faire autrement
une envie, ne jamais penser à toujours, mais toujours penser à aimer


M. T. 14/10/2010 19:01



"Ne jamais penser à toujours... toujours penser à aimer..." "Réinventer"... Lily, j'aime votre vision et ce qu'elle exprime de confiance, de soif, d'envies, de désirs. Je vous vois tiquer au mot
"confiance" mais il en faut une grande sur soi, sur ses capacités, sur sa volonté pour tout simplement continuer et ne pas abandonner. Et je sens en vous cette confiance là. Ce que vous vivez,
vous-même, en ce moment, en  est la preuve. Et vos mots, parfois fuyants, surpris, provocateurs même, ne peuvent cacher une volonté et une sensiblité qui vous est propre. Votre monde est
riche, Lily, et vous le rendez bien beau...



Pop's 13/10/2010 18:36


En effet quel densite de texte. Il m'a fallu plusieures lectures attentives pour en saisir toutes les nuances et tout les axes de reflexion. Vous avec peut-etre quelques soucis d'inpiration mais
vous nous en offrez d'autres. Et puis si l'amour est un oiseau rebelle il n;en reste pas moins "oiseau" et les hirondelles reviennent toujours au printemps ou devrais-je dire reviendront encore au
printemps ....


M. T. 14/10/2010 19:19



Oui, l'inspiration reviendra, mais n'est-elle pas déjà en partie là ?... vous avez raison... plutôt que de l'attendre, de l'invoquer, je devrais m'inspirer des oiseaux, ceux-là qui de très haut
planent, sans bruit, avec l'aisance de ceux qui ne pensent pas à la chute, mais bien plutôt, au bonheur et à l'ivresse de se jouer du vent, même contraire, même fait de bourrasques violentes, et
sur lequel leurs plumes se posent, frémissantes et vibrantes comme les touches d'un piano sous les doigts du virtuose.


Et j'entends là l'une de vos sonates...



Entre Mel 13/10/2010 17:33


"je ne peux te promettre de t'aimer toujours, mais je t'aime maintenant et te jure de tout faire pour que sa dure le plus longtemps"...

On ne peut prédire l'avenir, la vie est faite d'inconnu. Il faut juste accepter et profiter de chaque instant


M. T. 14/10/2010 18:49



C'est la plus belle des déclarations, celle qui ne promet pas, mais qui exprime toute sa volonté d'être.


Je ne sais pas effectivement de quoi seront faits mes lendemains, mais je les entends venir, et c'est la plus douce des musiques.



bulle 13/10/2010 10:46


Il faut accepter... le bonheur, l'amour évident, mais aussi l'échec de ce "toujours" auquel on a cru. Sans doute le plus difficile quand on sait qu'on laisse derrière soi de la souffrance ! Oui, il
faut accepter que la mouvance des choses soit le plus beau cadeau que la vie puisse nous faire !
Vos mots me parlent tant vous le savez, même si nos histoires, nos vies, ne sont pas tout à fait les mêmes. Ils sont d'une extrême douceur en cet instant, et un réconfort à mes doutes.
Oublier ce "toujours" qui fut... pour "tous les jours", et vivre ce bonheur, cet amour, cette découverte de soi et de l'autre, chaque jour !
Merci


M. T. 14/10/2010 18:46



Je suis toujours très touchée, petite bulle, lorsque je sens en l'autre la musique de mes propres mots. Encore une fois c'est pour cela que j'écris, inlassablement, non pas sans faillir, mais
avec la conviction qu'il y aura d'autres chemins à prendre, donc à exprimer, d'autres routes à vivre, donc à "motifier"...


Alors évidemment, parfois, il ya des douleurs intenses, immenses, cruelles. De celles qui vous rendent muette. J'ai tant de mal à en revenir... et pourtant, pas un instant je ne crois en l'échec
de la poursuite de cette vie tant que je la tiendrai dans ma main... tant que je la tiendrai dans ma main... ma vie et celle là même que j'aime...


Je retrouve mes mots, peu à peu, comme un orage qui va bientôt éclater pour me délivrer, comme un volcan qui ne pourra jamais s'éteindre, se contraindre, se consumer sur lui même. Parce que je
suis en vie, parce que l'amour me porte, et parce que je vous sens, là, toutes autour de moi, vous qui vous exprimez, et aussi, toutes celles qui se taisent mais ne quittent pas l'avion et ses
destinations.


On continue petite bulle, on se bat, et on vit ! Et  sachez que pour moi, vous êtes un bien bel exemple de ce combat et des victoires sur soi. C'est moi qui devrais vous dire, merci.