l'avion rose

Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

Renard des sables





C’est un renard, un petit renard des sables qui, affamé, se rapproche du campement, la nuit, lorsque le feu faiblit. Il veut manger, il veut boire. Il sait que tout cela se trouve là, dans nos bagages, sur nos sacs. Il sent l’odeur de la viande qui a grillé, des feuilles de menthe qui ont entouré nos mets, du miel qui a coulé sur nos doigts. Il sent aussi la saveur de l’eau dont nous avons rempli nos gourdes et qui nous rafraîchit depuis le matin.

 

C’est un renard, un petit renard des sables venu du désert. Son cœur bat vite, très vite. Il s’affole dans le creux de son corps famélique. Il n’a rien, plus rien. On ne garde pas son terrier dans le sable. Il s’est englouti sur lui-même, rejetant l‘animal solitaire loin de ceux qui l’ont vu naître. Il tremble car il fait froid, la nuit, dans le désert. Si froid que les pierres éclatent. Le bruit est familier mais continue de l’effrayer.

 

C’est un renard, un petit renard aux yeux bleus comme ses lointains cousins berbères. Il fait de larges cercles autour de nous, apparaissant parfois dans la lueur de nos lampes, tremblant, petit, inoffensif, pathétique. Les hommes se moquent, rient, le chahutent lui font croire qu’ils vont lui donner de cette eau dont ils s’abreuvent à grandes rasades. Il n’y a pas de pitié dans le désert. Celui qui tient l’eau vit. L’autre meurt. L’animal le sait qui voudrait s’approcher mais n’ose pas, terrifié de nos voix, attiré et maintenu au loin, fiévreux, perdu. Il n’a pas de nom.

 

C’est un renard, un petit renard qui nous suit depuis plusieurs jours. Nous sommes la seule lumière qui flotte pour lui la nuit. Il s’y accroche comme sur un radeau. Le matin, il mâche la cendre de notre feu, nous suivant au loin, pas trop loin, de peur de perdre notre caravane. Lorsque le soleil est trop haut, que la brûlure est trop intense, que les hommes s’endorment pour une heure, il se blottit sous une pierre et ferme ses grands yeux épuisés. Comme j'ai peur qu’il ne se réveille pas, je pleure pour lui, mais mes larmes salées ne lui sont d’aucune utilité.

 

C’est un renard, un petit renard qui se noie dans une mer de sable, aux sublimes roses pétrifiées. Eloignée du campement, un soir, isolée, je l’ai attendu. J’avais de l’eau. J’avais un peu de viande. Assise, je ne respirais plus, fixant en retrait la pierre de mon offrande. Je priais pour qu’il vienne et reconnaisse dans ce geste tout cet amour que je lui destinais. Les hommes ne voulaient pas me voir m’éloigner. Je les avais chassés de la main et sans comprendre leur langue, j’avais entendu la dureté de leurs mots.

 

C’est un renard, un petit renard qui n’est jamais venu me laissant seule devant la vanité de mon désir. Lui seul sait qu’on ne change pas son destin. Au camp, les hommes chantaient et ce chant rendait le soleil encore plus insupportable. Moi, je ne bougeais pas. Je ne voulais plus bouger. Je voulais encore attendre là, que l’animal revienne et se décide enfin à me caresser la main. Ma peau était blanche. Le sel peu à peu s’en exprimait. Le scorpion qui m’avait mordu le cœur s’échappa de ma poitrine. Je ne bougeais pas, je ne bougerai plus.

 

 

C’est un renard,

Un petit renard du désert

Qui joue avec mon âme,

Aujourd’hui

 

Et jamais ne me lâche.

 

 

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M. T.

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Sophie 12/11/2009 04:25


J'ai une facheuse tendance a tirer au renard en ce moment (terme cavalier pour un cheval retif a l'attache). Votre texte n'a fait qu'amplifier ce resenti en lui donnant une autre couleur. Ah ces
concordances ...... Merci pour lui.


M. T. 12/11/2009 18:59



Il n'y a pas grand chose qu'on puisse faire contre un cheval qui a une telle manie... le plus solide des licols ne fera que le blesser. Vous avez donc sans doute raison de vouloir vous en
dispenser...
Quant aux concordances, ne faut-il pas un avion pour relier deux continents ?



J 11/11/2009 22:56


Je ne vous laisserai pas penser que vous puissiez être maladroite à mes yeux. Vous êtes beaucoup ... mais pas cela.

Il y a quelques jours, le hasard m'a fait rencontré une lointaine connaissance ... qui fut bientôt rejointe par une amie, qui me plut instantanément.

Et quelque chose au fond de moi me faisait sentir qu'il y avait peut-être une chance pour que cela soit réciproque. Mais peut-être rêvais-je simplement ? Je ne sais pas encore bien sentir ni faire
ces choses là !

Bref, devant ce café, nous nous sommes quittées toutes les trois. Et il m'a quand même semblé que son baiser de ses deux lèvres sur ma joue avait quelque chose d'appuyé et d'appliqué.

Et à cet instant précis, j'ai pensé à vous, à l'incroyable de certains de vos textes. Et je me suis dit "Après tout, pourquoi pas ?" et j'ai souri.

J


M. T. 12/11/2009 18:35



Bien chère J,
Lorsque j'écris, j'ai toujours à coeur de donner : du plaisir, du rire, de l'émotion... mais pendant tout ce processus, toutes ces, parfois, longues réflexions, avant de publier et sans regard
extérieur, je ne sais jamais si je travaille dans la bonne direction. C'est un tâtonnement constant empêtré d'hésitations, de voltes faces, mais aussi d'exaltations et parfois lié à
l'incontournable nécessité de sauter dans le vide.
Votre anecdote, mieux, votre confidence me comble au delà de ce que vous pouvez imaginer. C'est un merveilleux cadeau que vous me faites et pardonnez-moi si, pour l'heure, je ne vous renvoie pas
moi-même un  sourire, mais je suis beaucoup trop émue.
PS : j'ai hâte de lire la suite...



J 10/11/2009 22:25


J'aurais aimé que l'histoire donne la chance au renard de vous connaitre.
J


M. T. 10/11/2009 23:20


J'ai sans doute été maladroite... mais que votre nuit soit étoilée...


Sophie M. 09/11/2009 23:19


C'est trés émouvant. Ça me donne envie de pleurer, je ne sais pas pourquoi...


M. T. 10/11/2009 09:15


Je vais finir par vous interdire l'entrée de mon blog chère Sophie M. si vous y pleurez à chaque fois... Auriez-vous un côté petit renard, vous aussi ?


evanescence 09/11/2009 18:13


Très joliment écrit... félicitations... c est rédigé avec le coeur.. Si ca vous dit je vous invite sur mon blog amitiés evanescence


M. T. 10/11/2009 09:04


Effectivement, le coeur est pour beaucoup dans tout cela... Merci de l'invitation ! Je n'y manquerai pas...