l'avion rose

Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

Petit morceau de mémoire

 

 

Je vieillis, peu à peu, les ans me mangent, gentiment, sans haine, sans être si méchants que ça, même plutôt gentils. Ils ne m’en veulent pas. Non. Ils me suivent depuis si longtemps. Je les connais, un par un, tous, par leur nom. Un an, deux ans, trois…. Douze ans… vingt, trente… Je les aime sans vraiment de nostalgie. Je sais qu’ils passent, que c’est leur destin. Et qu’ils m’accompagneront jusqu’au bout. Fidèles. Ils sont justes là. Un peu comme une ombre plus ou moins présente selon la lumière qui me borde. Certains sont doux, si doux, d’autres plus violents, cassants mais nul ne m’abandonne jusqu’à présent. Non, nul ne m’abandonne. Ils coulent, ronronnent, ragent, se débattent mais s'ecclipsent en fête, en ces moments si particuliers où l’on célèbre leur premier jour. Oh, allez, pas toujours, non. Certains anniversaires se sont fait en silence. Sans aucun bruit. Une année qui s’en va remplacée par une autre sur la pointe des pieds. A peine le frisson d’une fenêtre laissée entrouverte. Car chaque départ est alors une page tournée. Mais je n’en ai jamais pleuré un seul. Non, je ne pleure pas à ces moments là. Je préfère lorsqu’il fait plus noir, lorsque la nuit m’efface parce que je n’aime pas moi-même glisser au fond des mains la tristesse humide et salée. Mes ans me gardent alors de ces détresses là, tous présents sur mes épaules, un peu lourds parfois mais chauds, rassurants, mes compagnons. Où que j’aille, ils iront. Sans poser de questions, sans jugement mais avec, comme lorsqu'on ôte une petite épine, un léger soupir de douleur, un râle si tendre qui exhale pourtant une partie de souffle, sans qu’on y prenne garde. Rien de si pénible car tout cela est fait avec discrétion, délicatement. J’ai des années qui m’aiment. C’est ma chance. Une vraie. Je le sais pour celles qui ont été, et pour celles qui viendront. Encore combien ? Je ne sais pas. J’en ai le décompte, pas la somme.

 

Assise sur cette chaise, devant cette table blanche, tout cela m’a pris par surprise. J’ai des années ludiques, surprenantes, coquines. Des années qui pétillent, éclatent en jeu de maïs soufflé, avec des rires d’enfants et des voix de femmes qui m’appellent et prononcent mon prénom avec cette tendresse, cet amour, qui, tout au fil de ce temps, lâche en écho, en cascades, une partie de moi, chacune ayant parcouru, elles aussi, une deux ou tant et plus d’années partagées.  Aimées.

 

Je ne sais pas pourquoi je pense à cela aujourd’hui. Les pensées ne sont pas toutes à portée de raison. J’ai juste suivi un fil, tout petit, vague souvenir, une voix revenue en mémoire, de si loin, de ces ans où, devant l’image noire et blanc, je découvrais un monde de rêves qui allaient à jamais devenir le mien. Mon monde où mes ans allaient venir se blottir, les uns après les autres, s’accumuler, se serrer, se bousculer, se télescoper parfois, mais irrémédiablement me bâtir.

 

Voilà… un tout petit morceau de ma mémoire….

 

 

 

 

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M. T.

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Czeppyelle 25/08/2010 18:57


Je viens moi aussi de feter un anniversaire, acompagnè de beaucouo de questions... à quoi nous mène la vie? mais si nous le savions, vaudrait-elle la peine d'être vécue?


M. T. 25/08/2010 21:49



Puisque vous posez la question, laissez-moi répondre, sans ingénuité forcenée, qu'à mes yeux la vie doit conduire au bonheur et que de le savoir, oui, elle vaut la peine d'être vécue, elle vaut
la peine de se battre, elle vaut la peine de tous les espoirs. Et lorsque je parle de bonheur, je ne décris pas un monde "rose" où tout serait en harmonie parfaite, non, je parle d'un monde bien
réel, d'un monde fait de bon-heurts, de tous ses accidents de vie qui nous font grandir et nous aident à en saisir alors toutes les subtilités et à l'aimer.


Et soyez la bienvenue, nouvelle passagère, sur mes lignes plus ou moins régulières...



papyanar 22/08/2010 14:51


Délicieux écrit sur les ans,le coeur au bord des lèvres,comme un songe de poète,Vous etes jeune,le reste est un concept de"seniors".
J'apprécie vos lignes.
Amitiés poètiques de papy


M. T. 22/08/2010 17:48



Et pourtant, comment ne pas vivre sans cette projection ? Merci de venir emprunter les lignes de l'Avion Rose et d'y apprécier ses destinations...



pucca 22/08/2010 10:03


Les vacances sans le net c'est bien aussi... quand on pense à tout ce qui n'existait pas y a quelques années... quand je vois aujourd'hui les gamins de 10 ans frôlant la crise cardiaque s'ils n'ont
pas leur téléphone portable sous la main ou frôlant la crise d'hystérie si leurs parents ne veulent pas leur en acheter un... ça fait un peu peur parfois...

Pour Nana, c'est vrai que de prime abord elle n'a pas l'air très funky mais elle m'a toujours donné l'impression d'être super sympa...


M. T. 22/08/2010 17:45



Eternel débat sur les joies du progrès !!! Mais je dois dire que si aujourd'hui, on m'enlevait mon portable ou ma connection internet, je vous la déclenche aussitôt moi aussi ma crise d'hystérie
!!!



Chester 21/08/2010 20:35


Quelle contradiction que ces années, elles nous construisent d'un côté et nous détruisent de l'autre. J'aime ce qu'elles font de nous, je déteste ce qu'elles nous enlèvent. Le sujet est vaste et
pour résumer mes propos, j'exècre le fait qu'elles passent, inexorablement, que le compte à rebours soit enclenché.
Il reste tant de choses à faire, tant de rencontres, tant de personnes à découvrir, tant d'amour à donner, qu'une seule vie ne suffit pas, ne me suffit pas. Alors quand comme vous mon esprit
vagabonde, je remonte le fil certes, mais pas jusqu'au bout, non, je le coupe, je mets mes oeillères et je regarde droit devant.


M. T. 22/08/2010 16:48



Comment vous dire Chester... que vous avez ô combien raison ! Mais je sais, cela ne va pas vous plaire... Pourtant, vous la décrivez à merveille cette vie, une suite de bonheurs, de douleurs qui
nous laisse ces goûts mitigés de joie ou de tristesse, de gains et de manques. Mais là où vous avez par dessus tout raison et qu'il me reste sans doute moi-même à travailler, c'est de lâcher
prise sur ce passé qui trop souvent englue, retient, freine pour alors regarder vers cet à-venir avec confiance et joie retrouvées. Je suis un drôle de parcours en ce moment, fait de moments de
bonheurs et de déchirures, de douceurs et de brûlures. Mais je sais qu'une vraie volonté me pousse à parcourir cette route et qu'avec votre main et toutes ces Autres près de moi, je la ferai
cette route, contre marées et vents... Merci Chester.



pucca 21/08/2010 16:55


AH! Contente de voir qu'il n'y a pas que moi qui apprécie Nana Mouskouri... :) (oui, je sais bien que ce n'est pas le sujet du jour... mais bon vous me connaissez...)


M. T. 21/08/2010 18:00



Pucca !!!! Ah, ça fait du bien de vous savoir de retour !!! Non, parce que le camping, c'est bien, mais sans internet, donc sans nous donner de vos nouvelles, ça nous laisse tout vide ! Pour la
grande Nana Mouskouri, oui, cela semble toujours franchement ringard de la citer mais en même temps, sa voix est assez inégalable et lorsqu'elle voulait bien lâcher cette rigidité froide et
distante, elle  a su nous donner quelques unes des meilleures et des plus sublimes interprétations. Alors oui, ce n'était pas trop le sujet, mais, tout comme Pop's qui sort un autre fil, le
vôtre est également à suivre ! Besitos !



Pop's 21/08/2010 15:55


"idèle, fidèle je suis resté fidèle
A des choses sans importance pour vous
Un soir d'été, le vol d'une hirondelle
Un sourire d'enfant, en rendez-vous
Fidèle, fidèle je suis resté fidèle
A des riens qui pour moi font un tout"

Votre texte me fait penser a cette chanson de Charles Trenet et a ce qu'elle evoque. Fidelite a sa vie, fidelite a ses emotions. Constance des sentiments meme s'ils sont evolutifs ... Doux croquis
de Madame La Pilote ...


M. T. 21/08/2010 17:54



"Fidèle, fidèle, pourquoi rester fidèle
Quand tout change et s'en va sans regrets
Quand on est seul debout sur la passerelle
Devant tel ou tel monde qui disparaît
Quand on regarde tous les bateaux qui sombrent
Emportant les choses qu'on espérait
Quand on sait bien que l'on n'est plus qu'une ombre
Fidèle à d'autres ombres à jamais."


Peut-on jamais répondre à toutes ces questions ? Et le faut-il vraiment ? Ce n'était pas forcément le thème que j'avais en tête en écrivant cet article mais en même temps, je pense que vous avez
judicieusement soulevé la pierre...