l'avion rose

Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

La Fille de Pigalle - Part 1 - Au Moulin Rouge

J’avais tout fait pour échapper à cette soirée, en vain. Carla, mon éditrice, avait fait des pieds et des mains pour m’obtenir une invitation et je ne pouvais décemment pas lui faire faux bond. Je regrettais d’autant plus que j’avais trouvé, la veille au soir, en rentrant à Paris, un petit mot dans ma boite aux lettres. Il venait de ma charmante voisine du dessus m’invitant à passer prendre un verre. J’aurai bien volontiers accepter l’invitation et lui aurais, avec joie, raconté une nouvelle histoire… L'hôtel de La Borgne


J’avais pris un long bain pour me détendre, et je m’étais presque endormie, je dois dire. L’heure tournait et je savais, je me doutais que j’allais arriver en retard. Mais après tout, qui arrivait à l’heure dans ce genre de mondanités ? J’y retrouverai vraisemblablement la faune habituelle, un mixe du monde littéraire parisien parsemé de quelques vieilles stars du showbiz faisant la lippe aux plus jeunes venus arracher leur bout de ciel à eux. La soirée serait alors remplie d’effusions simili orgasmiques de type « Ma chérie !!!! Comment vas-tu !!!! Je suis tellement heureux de te voir !!!!! » et on s’embrasse, et on se sourit, et on passe à quelqu’un d’autre en se demandant bien qui venait ainsi de nous apostropher. Carla disait qu’il fallait que je fréquente ce milieu, que j’étais trop sauvage, que je ne pouvais pas passer toutes mes journées loin, dans ma campagne comme si je vivais au fond d’un terrier. J’avais beau lui rétorquer que j’y disposais de tout le confort, eau courante et électricité incluses, et que surtout, c’était là que j’écrivais le mieux, éloignée de toutes les tentations de la ville et de mes tentatrices. Le problème, lorsqu’on travaille chez soi, c’est que vos proches le savent, et au moindre petit bobo d’âme ou juste par pur ennui, prennent l’habitude de passer à l’improviste, sans vouloir me déranger, bien sûr, juste le temps d’un petit café. Cette faiblesse que j’ai à toujours ouvrir ma porte a été l’une des raisons pour laquelle j’ai acheté cette maison à une centaine de kilomètres de la capitale. Au moins, là, je suis assurée de boire mon café seule. Il me faut juste filtrer le téléphone…Carla, malgré ce genre d’arguments en béton et le fait que mes feuillets tombaient plus régulièrement, invariablement me faisait une moue dubitative, celle qui lui vient quant elle ne sait pas trop quoi répondre, pour finir par un tout aussi invariable «  Moi, ce que j’en dis…. C’est pour le principe » Carla est une femme de principes surtout les siens.


J’avais donc regagné Paris, refusé non sans regret l’invitation prometteuse de ma voisine, et arrosé abondamment toutes mes plantes vertes qui, malgré les soins que jurait y apporter Mme Pereira, ma concierge, dépérissaient à chaque fin d’été. J’avais versé des sels au fond de la baignoire et fait couler une eau bouillantissime. J’attendais juste que la température soit supportable pour y rentrer. Je ne sais pas si c’est cela qu’on appelle un T.O.C mais, tout comme pour le café précédemment cité, il me faut une eau bouillante que je laisse légèrement tiédir. Sinon, je n’aime pas. J’avais glissé mon Ipod sur sa base et mis en boucle une petite sélection de quelques chansons qui me semblaient de circonstance, Glory Box de Portishead étant un des musts en pareil cas. Je me glissais enfin dans mon bain non sans avoir prévu un verre de Chardonnay à ma portée. C’est mon rituel.  Carla m’avait laissé un message comme quoi elle n’arriverait pas avant 20H30 (coiffure et manucure obligent…). J’avais donc tout mon temps, me détendis et fermais les yeux… Give me a reason to love you…


Le parfum des sels avait une action totalement décontractante. J’entendis un vague bruit provenant de l’étage supérieur, ma voisine sans doute. J’aurai pu venir prendre ce verre avec elle après tout, mais aurais-je trouvé le courage de partir ?… Cette fille me plaisait et cette soirée que j’avais passé avec elle, lui racontant l’histoire du prince russe, m’avait laissé un goût d’inachevé. Je savais bien qu’un jour ou l’autre, je remonterai la voir…


Je finis mon bain par une douche, tonique et revigorante que je déclinais du chaud, au tiède et au presque froid jusqu’au moment de rupture où ma peau ne supportait plus ces piqûres glacées. Je me glissais dans un peignoir et ébouriffais mes cheveux devant la glace pleine de buée. Dans le placard de ma chambre, je pris un pantalon noir, un smoking taille basse Yves Saint Laurent, petite folie que je m’étais accordée grâce à mon dernier contrat d’édition, une pure merveille et une délicieuse seconde peau. J’enfilais un chemisier soyeux prune à reflets noirs que je refermais sur mes seins nus. Je terminais ma mutation de parfaite petite parisienne en chaussant de fines derbys noires. Un coup d’oeil devant la glace, re-ébouriffage de cheveux, le côté pratique d’une coupe courte, un léger crayon de Khôl et j’étais fin prête. Mon teint encore bronzé me permettait de ne pas me maquiller, chose qui n’est pas vraiment dans mes pratiques, sauf en cas de dérapage évident d’un teint soudain blafard.


Dans la rue, il faisait bon, doux. Je me sentais bien. Je me pris à sourire et le regard accroché d’une femme me croisant me mit littéralement en liesse. Tiens, je sentais que j’allais presque être aimable avec Carla, ce soir ! Vous l’aurez compris, mon éditrice est un cas… il y a quelques mois de cela, elle avait fait des pieds et des mains auprès de l’administration pour modifier son prénom. Elle voulait absolument changer le C pour un K afin, disait-elle de se différencier de l’autre Carla, Mannequin First Lady. En même temps, quand on voit, Carla, mon éditrice, on ne voit pas très bien où peut se trouver le risque d’erreur. Affichant vingt bon centimètres en moins en hauteur en revanche tout autant, mais en plus, en largeur, je lui avais fais remarquer, diplomatiquement, bien sûr, que la confusion était peu probable. Quoi qu’il en soit, elle avait lancé la démarche mais n’avait pu obtenir gain de cause auprès des services administratifs, principalement pour la bonne et simple raison que son vrai prénom était Denise. Quand je lui avais dit alors qu’elle n’avait qu’à reprendre sa véritable identité, j’avais frôlé la rupture de contrat. Depuis, malgré le C restant, je prenais un grand soin d’appuyer magistralement sur la consomme palatale vélaire K.


J’arrivais enfin aux abords de la soirée. Il faut dire aussi que le lieu m’avait incitée également à accepter de m’y rendre. Je me trouvais aux portes du Moulin Rouge, lieu mythique si il en est, lieu que j’adore, mieux, qui me passionne, qui me subjugue. D’abord son histoire, ses revues, ses filles bien sûr, mais aussi son décor, l’incroyable organisation de son personnel, (je n’en connais aucun d’aussi efficace) et son spectacle en salle et sur scène. Malheureusement, nous fûmes dirigés vers des salons privés. Nous n’aurions pas droit à la grande salle qui, il est vrai, commençait déjà à se remplir pour son premier service. J’avais un peu vite oublié que le Moulin Rouge est ouvert non stop, 365 jours sur 365.   Evidemment, il y avait foule devant la porte des salons. Les vigiles, fermement mais calmement filtraient alors que trois attachées de presses, derrière eux, virevoltaient hystériquement, mélangeant leurs listes, comprenant un nom sur deux, cherchant du regard « le » VIP qu’il ne faudrait surtout pas faire attendre derrière les barrières. Les autres, les obscurs, comme moi, pouvaient bien accepter qu’on écorche leur nom, et ne récolter qu’un regard hautain de ces dames. Je déteste ce genre de soirée. Je ne voyais pas Carla, pardon, Karla et commençais à avoir de plus en plus de mal à réfréner une réflexion désagréable pour l’espèce de bimbo que j’avais en face de moi et qui venait de me trouer le pied pour la seconde fois de son talon aiguille surdimensionné. Je suis bien élevée. Je lui souris. On daigna me faire entrer.


Le lieu était plutôt agréable, cosy bar lounge, lumières tamisées, DJ, musique alternative, hôtesses très déshabillées, jupe noire fendue courte, chemisier en dentelle noire très échancré, lèvres carmines. Je me glissais vers le bar et arrivais à attirer l’attention d’une des barmaid, souriante mais qui ne devait pas très bien comprendre le français puisqu’elle me donna une coupe de champagne en guise de vodka commandée. Ce n’est pas que je n’aime pas le champagne, mais j’en avais un peu une overdose depuis quelques temps…(mais ça, c’est une autre histoire…). La soirée mettait à l’honneur un auteur brésilien, exilé en France ( je ne savais pas qu’on s’exilait du Brésil…), et ayant vécu plusieurs années en Europe de l’Est. La foule de ses invités était donc très bigarrée, cosmopolite, terme un peu désuet aujourd’hui, largement remplacé par mondial, mondialiste. Mais moi j’aime assez « cosmopolite ». Il y a de l’extra-terrestre dans ce mot, de l’espace intersidéral, des trous noirs…


-       « Ma chééééériiiieee !!!!!! Tu es lààààààààà……… »


Je reconnus aussitôt la voix de ma délicieuse éditrice.


-       Bonsoir Carla.


Mon entrée en matière n’eut aucun succès. Je recommençais.


-       Bonsoir Karla, tu vas bien ?!


Je reçus aussitôt un sourire flamboyant en retour, Karla venant de se faire une teinture auburn après avoir été platine tout l’été.


-       Oui, oui, ma chérie, il faut absolument que je te présente à Chris… tu vas voir, il est fabuleux… Chris ?!!!… Chris ???!!!!!….


Karla disparut aussitôt à la recherche du dit Chris dont je n’avais jamais entendu parler et qui, j’en étais certaine, devait être très mignon, âgé d’à peine une petite vingtaine d’années et avoir entre autre quelques velléités d’auteur… Karla était ainsi et j’étais certaine de ne pas la revoir avant un moment. Alors je fis ce que j’aime faire dans ce genre de soirée, je fais « mingo »…


« Mingo » est un terme, ne le cherchez pas, qui n’existe pas. En fait, c’est un mot pour un autre, que j’ai appris lorsque j’habitais New-York, mais que j’ai mal compris à l’époque. Je n’ai jamais retrouvé le terme exact qui veut dire, aller à la rencontre de gens qu’on ne connaît pas, se mélanger. (Si vous le connaissez, n’hésitez pas à me le donner, même si, je crois que je continuerai à dire « mingo »)


Donc je faisais mingo, allant, venant, souriant, échangeant des mots, quelques phrases, des sourires, mais revins vite à la solitude de mon verre, n’accrochant avec aucun de ses snobinards qui semblaient s’être tous donnés rendez-vous ce soir ici même. Le bar devenait inaccessible. Une véritable foire d’empoignes avait saisi tout le monde qui s’arrachait les quelques coupes que remplissait avec parcimonie le staff. J’avais recroisé, tout à fait par hasard, Karla, un peu échevelée et, m’avait-il semblé, légèrement crispée de ne pas remettre la main sur le fameux et tant désiré Chris. J’attendis encore une petite demi-heure en échangeant quatre mots : « Pardon, excusez-moi, je vous en prie » et décidai que j’avais assez perdu ma soirée et que je pouvais décemment repartir en ayant la satisfaction du devoir accompli.


Je me détachais du pilier sur lequel j’étais appuyée pour me diriger vers la sortie, bousculant alors, sans y prendre garde, l’une des serveuses portant à bout de bras un impression plateau de flûtes pleines. Le fracas fut terrible et couvrit la musique pendant une fraction de seconde. Je n’avais rien vu venir, dans l’angle où j’étais la serveuse déboulant de l’autre côté du pilier. Je n’en étais pas moins catastrophée devant les dégâts comprenant aussitôt que cela allait provoquer un léger esclandre, attendu que le champagne, dans son élan, s’était élégamment pulvérisé sur quelques tenues chics, décontractées, chères des invités. Les cris fusèrent instantanément et plusieurs noms d’oiseaux volèrent. Le chef de rang arriva, calmant aussitôt les esprits de son imposante stature. Il s’interposa entre les invités humidifiés et la serveuse qui tentait de ramasser les verres brisés. Je me baissais pour l’aider. Elle me fusilla d’un regard noir.


-       Vous pouviez pas faire attention, non ?!

-       Excusez-moi, mais, vous êtes arrivée de nulle part.


La jeune femme me coupa la parole et, malgré la musique forte à ce moment là, je pus, sans trop de difficulté, capter le sens de ses mots qui n’étaient pas à mon avantage. Le chef de rang ayant enfin réussi à calmer les inondés, il se retourna brusquement vers la serveuse.


-       Toi, tu ramasses et tu dégages !


A ces mots, je sentis comme un sentiment de culpabilité m’envahir.


-       Excusez-moi, c’est de ma faute.je me suis avancée sans regarder.

-       Il n’y a pas de mal Madame (se retournant vers la serveuse qui finissait de ramasser les débris) T’as deux minutes pour dégager.


J’étais désolée pour ce qui venait de se passer, sincèrement, et très agacée par l’attitude du chef de rang qui s’éloignait en me lâchant un sourire forcé. Quel crétin de réagir comme ça et quel malotrus de m’appeler « Madame » ! pendant ce temps, ma serveuse était en train, littéralement, de rendre son tablier qu’elle jeta sur le comptoir et disparu derrière une porte de service.


J’hésitais puis me décidais à la suivre. Je ne pouvais pas la laisser comme ça, un certain sentiment de culpabilité m’envahissant peu à peu. Je me glissais par la même porte et tombais dans un couloir violement éclairé d’une lumière blanche, crue. Il n’y avait personne mais j’entendis au loin des bruits de pas. Je les suivis.


Je franchis une nouvelle porte, rouge celle-là, et tombais alors en plein fantasme. Devant moi accouraient une demi douzaines de filles à moitié nues, virevoltantes, immenses, souriantes, magnifiques. Une bonne vingtaine d’habilleuses surgies de nulle part les aidèrent à se débarrasser de leurs costumes pour en enfiler un autre aussitôt. La métamorphose fut si rapide que j’eus à peine le temps de comprendre ce qu’il se passait que déjà la troupe disparaissait. Les habilleuses repartirent d’où elles étaient venues faisant disparaître les costumes. Je n’y croyais pas ! C’était extraordinaire ! Sans m’en rendre compte et avec une facilité déconcertante, j’avais pénétré dans le Saint des Saints, derrière le rideau, dans le lieu de toutes les convoitises.  J’étais arrivée dans les coulisses du Moulin Rouge ! J’entendais au loin la musique de la revue, je sentais cette odeur mêlée, si particulière, de vieux bois, de peintures, de sueur, de parfums multiples, j’avais sous les yeux le temple de l’intime. Je n’en revenais pas. Je venais de basculer, tel Alice, dans un monde de Merveilles.


-       Reste pas là tu vas te faire jeter, toi aussi !


Je me retournais promptement. Une jeune femme en jean et tee-shirt me toisait. Je la regardais un peu interloquée.


-       Quoi ?! tu me reconnais pas ?!


Non, vraiment, j’avais beau chercher… Je ne…!…. bon sang !… la serveuse !


-       Si, je vois…je suis désolée… ça a été ?

-       Si se faire foutre à la porte, pour toi, ça va, alors oui !


Mais à ma grande surprise, au lieu de continuer sur ce ton, elle éclata soudain d’un rire sonore, un peu grave.


-       C’était tous des cons. J’m’en fous. Tu m’offres un verre ?

-       Oui, bien sûr.. je suis désolée pour votre travail..

-       Laisse tomber. J’m’en fous j’te dis. J’ai envie d’une vodka.

-       Et vous allez pouvoir retrouver autre chose ?

-       J’ai pas besoin. Je suis danseuse, tu sais.


La serveuse était très mignonne mais ne me semblait néanmoins pas correspondre tout à fait aux exigences du Moulin Rouge.


-       Ici ?…

-       T’es conne, ou quoi ?! T’as pas vu comment elles sont gaulées les filles. Il me manque au moins quinze bons centimètres. Non, pis c’est trop chichi. Je bosse dans un peep show, sur l’avenue de Clichy.


L’aveu fut si naturel, style, je bosse pour un cabinet d'avocats, qu’il m’était presque impossible de croire que j’avais bien compris.


-       ha…


Un nouveau brouhaha commençait à se rapprocher de nous, très certainement un nouveau changement de costumes.


-       Viens, on se casse.


D’autorité, la jeune femme me poussa vers une autre porte et quelques secondes après, nous nous retrouvâmes dehors, sur la rue, moi un peu déçue de n’avoir pu assister à nouveau à l’effeuillage des belles.


-       Moi, c’est Lian, et toi ?

-       Elianne ?

-       Lian, c’est chinois.

-       Tu es chinoise ?


Elle était effectivement brune et à bien y regarder, ses yeux étaient très fins et étirés en amande, mais elle paraissait plus européenne qu’asiatique. Lian haussa les épaules.


-       Ma grand-mère vient de Chine. Elle a été choisie sur catalogue par un petit français bien de chez nous. Alors tu vois, je suis même pas quarteronne. Je suis rien. T’as du feu ?

-       Je ne fume pas.

-       Merde !


Cette fille était assez étonnante, détonante devrais-je dire, dans son naturel si direct, sans détour, cash. Je connaissais un bar où j’étais une habituée un peu plus haut rue des Trois Frères. Je lui proposais d’aller y prendre un verre. J’avais envie de faire sa connaissance, curiosité d’auteur face à un personnage aussi particulier et puis elle commençait à m’amuser avec ses airs si sûrs d’elle et ses révélations fracassantes.


Bizarrement, elle ne dit rien pendant notre marche et lorsque nous pénétrâmes dans le bar, elle disparut aussitôt vers les toilettes. Je me faufilais vers le bar, aussitôt accueillie par la patronne, Lucienne.


-       Ho… mais on a mis ses habits de princesse ! Bonsoir ma chérie…


Lucienne m’embrassa en me plaquant contre son immense et vertigineuse poitrine.


-       T’es avec la p’tite brune ?

-       Oui, non, enfin… je lui offre, c’est tout. Tiens donnes moi deux vodkas.

-       Méfies-toi ma belle…

-       De quoi ?

-       Ce type de fille… je suis pas sûre que ce soit pour toi.

-       T’inquiètes, Lulu, je suis grande, majeure et depuis longtemps vaccinée.

-       Ouais…


Je partis rejoindre Lian qui s’était installée au fond d’une banquette. Je lui tendis son verre.


-       Tu fumes ?

-       Toujours pas. Mais tu sais qu’on ne fume plus à l’intérieur maintenant…

-       Alors on va dehors ?!


Lian se leva et sortit aussi vite qu’elle s’était assise. Elle avait une énergie incroyable. Je volais au passage une boite d’allumettes à Lulu qui me fit les gros yeux. Je rejoignis la jeune femme qui faisait les cents pas sur le trottoir.


Je craquais l’allumette. L’odeur du soufre enflammé, du tabac qui se consume et les yeux fermés de Lian, tirant sur sa bouffée, gourmande, me donnèrent presque envie de prendre une cigarette moi même. Elle inhala la fumée puis la ressortit en toute petite volute, rouvrant très doucement ses yeux sombres qu’elle me planta à nouveau dans les miens.


-       J’t’avais vue.

-       Vous m’aviez vue ?


Elle tira une bouffée, agacée.


-       T’es coincée, toi. Tu dis toujours vous aux dames ?

-       Toujours…


Lian haussa les épaules à nouveau.


-       J’te dis que j’t’avais vue, là-bas, à la soirée.

-       Vous voulez dire.. Tu veux dire que tu m’as vue et que tu ne m’as pas évitée ?


Lian partit d’un rire franc.


-       Yep ! J’avais envie de te parler.

-       Il y a peut-être d’autre moyen d’engager la conversation, non ?

-       J’sais pas. T’allais partir.


Mais quel bien curieux personnage avais-je donc en face de moi ? Cette jeune femme était vraiment on ne peut plus déroutante et si directe que je ne savais vraiment pas où j’allais avec elle. Soudain, elle regarda sa montre avec affolement.


-       merde ! J’suis à la bourre !


Elle se leva et finit d’un trait son verre, tout en me regardant.


-       Ben, tu bouges ?

-       Vous.. tu vas où ?

-       Ben bosser ! T’es reloud toi…


Avant même que je n’ai le temps de demander plus amples précisions, je me retrouvais suivant, que dis-je, poursuivant Lian tant celle-ci marchait vite. Nous dévalâmes les petits rues en direction du boulevard de Clichy que nous remontâmes vers la Place. Au bout de quelques minutes, Lian stoppa net devant l’entrée d’un cabaret.


Elle s’adressa au chasseur.


-       Salut Gilles

-       Salut Lian.


Me désignant,


-       C’est ma copine, tu la laisses entrer.

-       Pas de soucis.


J’eus droit à un sourire très généreux et gras du dit Gilles et pénétrais avec un peu moins de conviction dans le bar au fond duquel se trouvait une petite estrade sur laquelle un travesti faisait l’imitation d’une chanteuse québécoise célèbre. Dans la salle se trouvaient quelques couples et une table bruyante de touristes allemands.


Lian se retourna vers moi.


-       J’en ai pas pour longtemps. Prends un verre.


A la barmaid,


-       Laurie ! tout ce qu’elle prend, c’est pour moi.


Elle se pencha alors vers moi et me glissa à l’oreille,


-       Prends pas leur champagne, c’est d’la daube. Putain, c’que tu sens bon…


Et sans autre forme de procès, la surprenante Lian s’empara de mes lèvres pour y déposer un baiser d’une douceur incroyable.


-       Tu m’attends, hein ?


Elle disparut vers les coulisses. Quant à moi, j’avais besoin de reprendre mes esprits. Je me dirigeais vers le bar et commandais, suivant le conseil, non pas du champagne mais un autre verre de vodka. Je ne savais plus très bien à combien j’en étais mais ce qui venait d’arriver avait eu le don de me dégriser.


Je regardais autour de moi sans trop comprendre, vraiment, comment j'étais arrivée là et surtout, ce que j'y faisais...

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M. T.

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L'Hôtel Particulier 07/10/2009 20:21


Je suis donc doucement de retour....Parmi vos écrits aussi... Evidemment !!!! Ce texte dissimule bien des messages subliminaux... d'autres encore que vous igniorez peut être... J'ai vécu boulevard
des batignoles ou se trouvait pas loin mon école de danse... Et ce "Moulin Rouge"... J'ai fait mes adieux sur scène sur El tango de roxanne (du film Moulin Rouge)! Que de parallelisme, bien joué
Mademoiselle !!! Ah.... Si vous vouliez me trouver... C'était dans un cabaret bien plus intimiste... Le temple de la Femme... Le Crazy Horse Saloon... Mais vous n'étiez pas loin... Je vous retrouve
inspirée... Diable que c'est bon... et hantée par une Glory Box... Et mon rituel des bains...


M. T. 08/10/2009 18:07


Quel Plaisir.. Je vous accueille donc avec toute la douceur de votre retour, ravie que vous trouviez dans cette histoire, de certains parallèles... des parallèles certains... Mais le hasard fait
toujours bien les choses comme les petits cailloux que nous semons derrière nous... Whatever Lola wants...


Pia 03/10/2009 15:51


C'est avec une grande joie que je voyage à nouveau grâce à tes mots... merci et à bientôt
;)


M. T. 04/10/2009 10:43


Et c'est toujours un grand bonheur pour moi de te voir voyager sur mes lignes. Merci de ta présence, et pour tes commentaires qui me sont doublement importants... d'abord personnellement, parce
qu'ils font chauds, et également en tant qu'auteur, parce que mes mots auront toujours besoin d'un écho. Je te souhaite le plus doux et rose des dimanches.