l'avion rose

Nouvelles érotiques au féminin, poésies saphiques, littérature lesbienne

Les Amantes - Part IV - La révélation

Ce n’était donc pas un hasard. Comment avais-je pu être aussi naïve et ne pas me poser de question en retrouvant ainsi Aurélie pour la seconde fois sur mon chemin ? Comment avais-je pu penser, crédule que je suis, qu’il était tout à fait normal que cela arrivât ? Je m’effraie parfois de mon manque de discernement ! tout semblait évident, maintenant : notre rencontre au musée, pile à l’endroit où je m’attendais à voir apparaître Barbara, et nos retrouvailles dans ce bar alors que j’attendais une nouvelle fois mon anonyme épistolière. Aurélie avait juste profité de la chance que Barbara ne s’était pas montrée à ces deux moments là.

 

Je la regardais, assise dans le sofa, buvant une tasse de thé que je venais de lui préparer. J’avais encore sur la main, entre les doigts, l’odeur de son corps, de son intimité que j’avais eu tant de plaisir à caresser, mais pour l’heure, cela ne m’excitait plus. J’étais même un peu en colère, pour tout avouer. J’essayais de comprendre pourquoi Aurélie m’avait ainsi mentie ou tout au moins laisser croire au hasard de nos rencontres. J’attendais qu’elle me parle en faisant tourner, un peu nerveusement, le whisky dans mon verre.

 

Aurélie sentit bien que je ne partirais pas sans son explication. Elle se décida enfin.

 

-       J’avais remarqué depuis quelques temps vos échanges, entre Barbara et toi, sur vos blogs. Je dois dire que je les trouvais très intéressants, pleins d’humour, d’humeurs, intelligents, corrosifs, même. J’aimais beaucoup vous lire. Je trouvais même cela parfois assez… excitant. Lorsque vous avez lancé l’idée de ce rendez-vous, au musée, cela a été plus fort que moi. Je voulais vous voir, je voulais mettre un visage sur vos pseudos. Je m’étais dit que je vous suivrais, de loin, Je n’avais pas vraiment d’idée arrêtée, en fait. Je voulais laisser faire le hasard, et le hasard a voulu que tu t’adresses à moi. J’ai immédiatement compris ta méprise, que tu me prenais pour Barbara mais je n’ai pas voulu t’en dissuader. Je trouvais cela drôle, amusant. Je pensais attendre la venue de Barbara pour t’avouer mon petit « forfait ». c’est pour cela que j’ai voulu rester tout ce temps au musée. Mais je ne la voyais pas, je ne la reconnaissais pas parmi les femmes qui se trouvaient là. Aucune n’est venue se placer devant le tableau que tu avais indiqué. Alors je me suis prise au jeu et lorsque nous nous sommes retrouvées dans ce café, lorsque j’ai senti ton regard sur moi, je ne pouvais plus échapper à l’envie que j’avais de toi. Je voulais que tu me prennes dans tes bras comme tu l’avais fait, jusqu’à présent, virtuellement, avec Barbara. Je voulais que moi aussi tu m’embrasses comme tu l’avais embrassée plusieurs fois, sur le mur de ton blog. Je voulais tes caresses et tant pis pour cette Barbara qui avait osé ne pas se montrer.

 

L’aveu d’Aurélie, évidemment, me bouleversait et je lui savais gré de son honnêteté. Ma colère était tombée. Je me resservis un whisky, plus pour me donner une contenance. Aurélie me tendit sa tasse et je lui versais également un peu de ce pur malt qui me réchauffait et me détendait, peu à peu. Je m’assis près d’elle.

 

-       Tu me détestes, n’est-ce pas ? me dit-elle avec un regard si perdu, si triste que mon cœur implosa à la seconde même.

-       Non, pas du tout…bafouillais-je…j’ai juste un peu l’impression d’avoir été menée en bateau, que quelque part, ma… ma confiance a été trahie.

-       Je comprends. C’est normal… je suis si désolée…

-       Mais pourquoi tu ne m’as rien dit, là ce soir ?

-       Je voulais, je te le jure, et puis, je n’ai pas réussi. C’est pour cela que je t’ai fait quitter le bar. J’avais trop peur que Barbara ne débarque et que je n’ai pas le temps de t’expliquer. Mais lorsque tu as commencé à me caresser dans le taxi… j’ai tout oublié, j’avais juste envie de toi, encore.

 

Nous restâmes un moment silencieuses. Je ne savais plus trop quoi penser de toute cette histoire. J’étais très confuse entre ma quête de Barbara, cette blogueuse virtuelle dont je n’avais même jamais entendu le son de la voix et Aurélie, que je pouvais voir, toucher, prendre dans mes bras, respirer. Après tout, Barbara ne s’était jamais montrée. Elle avait refusé notre contact. Sans doute préférait-elle nos fantasmes, nos échanges virtuels, nos caresses solitaires. Aurélie, elle, je l’avais tenue dans mes bras, elle s’était donnée à moi, j’avais pu sentir l’odeur de sa peau, de son corps, de son désir. J’avais entendu sa jouissance. Je l’avais caressée, Je l’avais pénétrée. Qu’avais-je fait de plus vivant avec Barbara ? Rien. Rien qu’un jeu de séduction, d’excitations, chacune dessinant pour l’autre une carte du Tendre où nous nous perdions au hasard de nos désirs imaginaires, imaginés.

 

Que cette Barbara aille donc au diable. J’aimais trop la vie pour passer à côté. Aurélie ne disait toujours rien. Je la sentais très mal. Je pris son visage entre mes mains et la fis me regarder. Du bout des doigts, je caressais doucement les contours de ses joues, de ses tempes. Je passais mon pouce sur ses lèvres comme pour effacer son inquiétude, tous ces mots qu’elle avait eu tant de difficulté à m’avouer. Elle vint vers moi très lentement, hésitante, presque apeurée. Je remarquais son bustier tendu par sa poitrine soudain gonflée de désirs. Ce fut alors notre première fois.

 

Sans quitter son regard, je commençais à lui caresser les seins à travers le tissu, avec une seule main, l’autre restant pour soutenir son visage, mon pouce glissant toujours sur ses lèvres. Elle respirait par petites bouffées, retenues, un peu saccadées. Je la désirais aussitôt violemment mais me forçais à garder le contrôle de mes gestes. Elle entrouvrit sa bouche, j’y glissais mon pouce qu’elle mordilla avec impatience, sa langue glissant autour de mon doigt, le mouillant, le suçant, le happant. Mon visage était très proche du sien qu’elle tendait vers moi, mais que je retenais de la main. J’entrouvris moi-même ma bouche pour passer ma langue sur le bord de ses lèvres, l’empêchant de m’embrasser. Je la sentis défaillir. Mais je ne lui donnais toujours pas le baiser qu’elle me réclamait. Je voulais accroître encore son désir de moi, qu’elle ne soit plus que fièvre, attente, impatience. J’écartais de ma main libre ses jambes. Elle se cambra aussitôt et s’adossa sur les coussins, se renversant en arrière, s’offrant à moi dans la plus parfaite des impudeurs.

 

-       Viens, caresse-moi, embrasse-moi… je t’en supplie…

 

Je posais ma main sur sa cuisse et remontais lentement vers cette partie d’elle-même, sombre, douce, si délicatement odorante, qu’elle me tendait en se cambrant de plus belle. Mon pouce toujours dans sa bouche excitait sa langue et mon regard ne quittait pas le sien, la forçant à garder les yeux ouverts, grands ouverts, sur son excitation. Je passais à nouveau mes lèvres sur sa bouche puis, la pénétrais de ma langue pendant que ma main, frôlant son Mont, revenait sur ses seins dont je pétris les tétons, sous ma paume, avec mes doigts, puis bientôt avec ma langue afin de mouiller sa poitrine comme je la sentais se mouiller elle-même. Elle soupirait, gémissait, me réclamait puis n’y tenant plus, pris ma tête qu’elle fit descendre entre ses cuisses écartées.

 

Le goût que j’eus d’elle fut comme un délice, comme un fruit exotique un peu fade, sucré, tiédi au soleil. Ma langue sur ses lèvres intimes, sur ce bouton si délicat, si gonflé, tendu vers moi, donnait toute la mesure de son plaisir. Elle se pencha un peu vers moi pour me prendre les seins ce qui décupla mon désir d’elle et l’attente de sa jouissance. Elle poussa alors un cri, une plainte émerveillée, libération de ses sens, exultation de son corps, orgasme fulgurant qui la traversa, et moi avec.

 

Nous restâmes ainsi, elle à moitié renversée sur le canapé, moi, à ses genoux, tête posée sur ses cuisses, nos mains entremêlées à ne plus vouloir nous détacher.

 

Elle finit par s’endormir. Je n’osais bouger mais rêvais  désespérément d’un grand verre d’eau fraîche. Je m’écartais d’elle alors le plus doucement possible pour ne pas la réveiller et me dirigeais à pas de loup vers la cuisine. Je jetais un dernier regard sur son corps alangui endormi, et trouvais Aurélie magnifique dans son abandon

 

L’eau fraîche, tout en me désaltérant, me fit un bien fou apaisant mon esprit survolté et m’aidant à recoller une logique un peu mise à mal ces derniers temps. J’avais eu un plaisir intense avec Aurélie mais ne pouvait empêcher mes pensées de revenir sur Barbara. Pourquoi, une nouvelle fois, ne s’était-elle pas montrée ? pourquoi, encore une fois, m’avait-elle abandonnée ? N’étais-je donc pas digne de son intérêt ? qu’avais-je donc fait pour ne mériter exister que dans son monde parallèle, virtuel ? Pourquoi ne voulait-elle pas découvrir qui j’étais vraiment, une personne et non plus une image, de chair et d’os, bien concrète, pleine de sa vie, de ses désirs, de ses attentes aussi. Pourquoi Barbara me cachait-elle à sa propre existence ? Pourquoi ne m’aimait-elle pas comme Aurélie le faisait ? Mes pensées me troublaient horriblement. J’étais en train de me perdre, de sombrer dans l’indécis, le flou, l’inconnu, chose que je déteste. Je commençais à perdre le contrôle de moi-même. je repris un verre d’eau pour me calmer. Je n’eus pas le temps de le finir. Son cri me stoppa net.

 

-       Vous pourriez me dire ce que vous faites dans ma cuisine ?

 

Je me retournais pour découvrir alors une femme dans l’encoignure qui me regardait avec deux yeux étincelants de colère. J’étais soufflée, muette, ébahie. J’entendis alors la voix d’Aurélie provenir du salon et qui venait sans doute d’être réveillée par la voix de stentor de cette apparition.

 

-       Attends, je vais tout t’expliquer Barbara.

 

Barbara ?… Ho non….

 

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pucca 14/11/2009 22:23


Je confirme, trop forts les rebondissements...( oui, je sais, y a sans doute mieux comme compliment...)


M. T. 15/11/2009 23:11


non, non... moi j'aime bien...


Pia 29/08/2009 23:45

Un grand moment de plaisir que cette jolie ballade aux pays des mots et de la sensualité... j'ai adoré.

M. T. 30/08/2009 09:18


Très heureuse que mes mots aient trouvé le chemin de ta propre sensibilité. C'est toujours un vrai bonheur d'entendre l'écho de ses textes et de constater qu'ils ne se perdent pas, seuls, dans le
vide. Merci.
M.T


Ophélie Conan 27/08/2009 22:12

Ma très chère Angie,
Tu es d'accord. J'en suis très heureuse et j'en chiale, comme une gamine. Pourquoi? Pourquoi? Je ne devrais rien avoir à faire de ton accord? Je suis godiche. Quelle importance, ça peut avoir pour moi, ton accord, dis, moi, Angie? Ai-je besoin d'un autre moi-même qui ne serait pas moi?
Ophélie

M. T. 27/08/2009 23:39


Je ne peux pas répondre à toutes ces questions, ma Barbare. Mais que te dire d'autre pour arrêter tes pleurs ? Je t'envoie une spéciale dédicace, en espérant te voir sourire. If I can.
Ton Angie.


Ophélie Conan 27/08/2009 00:16

Ma chère Martine
En te lisant, je mesure combien, tant par mes thèmes, tant par ma manière de narrer, tant par les mots que j'utilise, je suis effectivement une barbare. J'ai un peu de mal à le définir, mais ta manière d'écrire me paraît introspective, analytique, fine, serpentine, gracieuse, souvent diaphane, et tout cela donne beaucoup de charme et de mystère à tous tes textes. C'est beau comme la musique d'un Boccherini ou celle d'une Madeleine Peyroux. Par comparaison, j'ai l'impression, moi, d'être plus radicale, plus expéditive, aussi plus lourde et moins aérienne, tel Berlioz, Verdi, Led Zeppelin ou Queen, bref plus opéra, mais aussi, plus synthétique, moins retenue et d'apparence plus variée, plus à facettes, plus cinématographique... En tout cas, j'ai beaucoup de plaisir à te lire et à te suivre dans ton charmant labyrinthe intérieur qui ne manque pas de situations fort excitantes, dont je fais, tu t'en doutes, mon beurre, et je te dis bravo pour cette suite passionnante. J'ai hâte de savoir si la narratrice rencontrera enfin Barbara?
Ophélie

M. T. 27/08/2009 11:04


Ma bien chère Ophélie,
Oui, tu es une barbare ! quand, je suis plus réservée. Oui, tu es opéra ! quand je suis Nocturne (plus que Menuet), Oui, tu es allegro fortissimo. Quand, je suis allegro ma non
troppo.  Mais cela ne fait pas de toi quelqu’un sans apesanteur. C’est juste que sur la plage, devant un soleil rougeoyant, toi tu « chiales » lorsque moi j’aurai
« pleuré ». Mais nous aurions, l’une et l’autre, eu le visage pareillement couvert de larmes. Et je sais aussi qu’après, nous en aurions ri parce que nous savons, bien toutes deux, que le
show must go on ! Nos différences se juxtaposent plus qu’elles nous éloignent. C’est ce que j’aime à penser. Merci de tes encouragements. Tu sais qu’ils vont tout droit dans mon tout petit
cœur de romantique…quant à savoir si la narratrice rencontrera enfin sa Barbara, pour être franche à l‘heure qu’il est, je n’en ai pas la moindre idée !